Les Fils du Vent...de la Mer et du Ciel
Les  Fils  du  Vent...de la Mer et du Ciel

Nous avons atterri. Il y a exactement une semaine.

Enfin je devrais dire j'ai atterri il y a une semaine, car Olivier est arrivé un jour suivant mes pas.

Vous me demanderez sans doute pourquoi et comme toujours je dirais je n'en sais rien. Mektub.

J'ai remis les pieds sur l'autre continent celui qui m’avait été présenté il y 6 ans par Hernan Santiago, gitan de père en fils. C’est à tâtons que je suis rentré dans Buenos Aires. Sans bruit. Il est tard. Dans son organisation, Olivier a booké un hôtel dans San Telmo, le centre historique des portenos. Du coup et comme à son habitude de ce côté de l'océan tout est simple .Une banque, un taxi, une adresse...et 40 euros le Transfer. Ne pas s'y méprendre l'Argentine a un taux d'inflation qui concurrence les pays d'Afrique. Première constations, et comme il est dit dans mon premier récit, j'aime les aéroports, et aujourd'hui je les apprivoise. Je me faufile sans attente, sans hésitation propre au voyageur qui a peur d'oublier ses bagages ou se tromper de terminal. Je suis dans le taxi. Et je comprends en 2 petites minutes que le capital communication de mon chauffeur est épuisé. Il me rappelle ce chauffeur de Mexico, ou de San José (Costa Rica).Il ne m'adresse pas un mot. Les grandes villes sont les grandes villes. Et que peut-on y faire. Je me sens plongé dans une profonde mélancolique nostalgie de mon Amérique Centrale, mon Honduras, mon Nicaragua....Et soudain je m'interromps dans mes pensées spleeniques. Un peu réducteur comme conclusion. Un chauffeur de taxi te parle peu et du coup les argentins sont un peuple hautain. Chut, El niño.

Respire. Il tentera en lâchant devant l'hôtel une de ces manœuvres qui consiste à vous voler légalement quelques billets.

Exemple:

Le montant de la course 300 pesos.

Je lui tends 3 X 100 pesos. Soit le montant demandé.

Il les récupère dans la seconde il me retend les 3 billets.1 de 100 et 2 de 10.

EN me disant pardon Monsieur mais c'est 300 il en manque. Prestidigitation.

Et bon nombre aurait dit pardon, Et aurait tendu à nouveau 2 billet de 100, pour faire l'addition. Je n'ai pas haussé le ton, il a oublié un truc, je ne suis ni plus fort ni plus grand ni plus intelligent. Rien à voir avec l'expérience passé de mes différents voyages. Mais je venais d'arriver de l'aéroport, j'ai retiré 700 pesos, soit 7 x 100 pesos. Les deux billets de 10 je les ai sortis de mon cul? L'expression en espagnol l'a un peu crispé, mais l'a fait sourire quand j'ai rajouté. T’as voulu me niquer, c'est loupé, mais rien de grave amigo, la vie c'est la vie. Il a souri un peu comme un gamin pris la main dans le sac.

Et là les choses s'enchainent, l'hôtel, très beau. J’ai faim. Je n’ai pas de dentifrice. Pas de brosse à dent. Il me faut un stick de deo. Il est 21 heures. Je descends là où je suis bien, dans la rue. A la manière d'un Tesson, j'erre dans une Buenos Aires qui ne dort jamais. Qui travaille tous le temps. San Telmo est le quartier bohème. Surtout un quartier Bobo. Je cherche une place, ou se regroupe quelques bars. Mais c'est un prétexte je veux marcher. De quadra en quadra. Je sors du léger K.O dans lequel m'avait plongé ce long voyage en avion.

Je m'assois commande une  belle bière. Je viens de faire mon atterrissage sur cette place. Mon corps et mon esprit s'entremêlent à nouveau. Pour ne faire que Moi. L’enfant qui, sans nul partage, veut jouer avec ses amis.

Je rentre et c'est en pensant à mon ami Olive. Quelques infos glanées sur le temps pour aller à l'aéroport, préparer son anniversaire.

Je ne pourrais vous présenter Olive car il pourrait le faire lui-même. Certains le connaissent, d'autres le croient, certains ont leur avis d'autres s'en foutent. Une chose est certaine,  cet Homme ne vous laisse pas indifférent. Et réduire sa valeur à ce qu'il vous montre parfois et trop souvent devient fascisant, le règne de la pensée unique.

Je suis heureux qu'il puisse accéder à cette aventure, son aventure en dépit de ce que peuvent penser les ragots des jaloux. Partir chercher celui que l'on veut être. Comme dirait un ami ne pas s'inquiéter quand on avance lentement, inquiétons nous quand on est arrêté.

Je me couche. Brumeux. Sur ce balcon de la capitale, et déjà mille visages me viennent à l'esprit d'ici et de là-bas, sous les pentes de l'éternel Coudon.

 

Temps de merde, j'allume cette foutu télé.

Buenos Aires, tous les vols sont annulés ou retardés. Et mon pote Olive flippé comme pas deux ou trois, coincé à San Paolo, Brésil.

Il doit transpirer sous les bras, tremblé un peu. Se dire merde. Avec sa gueule de con stressé par le bruit d'une mouche, car si c'était une guêpe.

Finalement il arrivera avec quatre heures de retard, je me suis  arrangé pour tuer le temps avec mon voisin de table qui m'avait invité à partager ses sandwichs. Un ingénieur chez Total, il sera mon premier guide. Car je vous rappelle qu'il n'est pas nécessaire d'acheter des routards ou des lonely, je conseille aussi  des cours de langue. Qui mieux que les Argentins connaissent leur pays, leur habitude, les bars, les discothèques qui bougent tels soirs plus que tels soir où acheter de la beuz ou de la cocaïne...je m'égare. Mais il n'a rien qui vous sert vraiment dans ces ouvrages. A part se rassurer. Mais peur de quoi? Choisir ces armes, certains choisissent le livre, j'ai choisi la communication.

Et le temps passe vite, mais le temps n'existe plus vraiment.

Dans l'agitation d'un aéroport bloqué par le brouillard, et les myriades d’étincelles dans mes yeux... Elles s´en allaient rejoindre,  par tourbillonnements magnétiques, un point situé à la sortie du couloir indiquant SALIDAS.
Rapidement, de l´accumulation de ces flocons aimantés, phosphorescents, un corps se constituait.
Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grandes ailes de lait. Pardon, Claude pour le plagiat. Mais ce n’est pas tout à fait une vision biblique qui m'apparut. Plutôt un mec qui fume deux paquets par jour qui n’a pas fumée depuis 30 heures, qui tremble, qui a faim, qui a soif qui transpire.

On se serre fort. Il était bien pour lui d'accoucher de ce voyage seul et d'arriver ici comme un grand. Les transits aident à la réflexion comme la marche ou le canapé.

Les trois jours qui vont suivre se passent comme vous le savez normalement et au-delà de nos esperances. Des rencontres fortuites. Et les citer  toutes ne deviendrait qu'une longue description qui ferait pâlir Proust.

Une femme de Médecin, blonde siliconé mais qui parle le français, un match de foot au bar, un chauffeur de taxi et son cours d'éducation sexuelle, Ce punk vendeur de beuz, Pollo le monsieur Pipi du resto à la Boca, les rabatteurs de ce même quartier. Un regard, un clochard qui veut l'heure. Cette danseuse de tango...

Chaque rencontre est un contexte particulier. Toute mériterait d’être conté. Pas de Routard, obligé de demander pour tous, pour manger, pour dormir, pour boire pour danser. Ou as-tu appris l'espagnol. Avec les chauffeurs de taxi qui sont les meilleurs professeurs du monde.

C'est l'anniversaire d'Olive. Nous partons pour la Boca.Et je sais que la magie de cette ville lui fera un beau cadeau. Il comprend et il voit ce dont je parlais je suis un poisson dans l'eau. Un grand café sur une place ensoleillé. Nous avons le temps .Cette même place que j'avais foulé 6 ans avant avec Hernan Santiago, d'ailleurs je reconnais un homme, vendeur de souvenir. En même temps, il est facile à reconnaitre. Jésus, 60 70 ans, les cheveux blancs jusqu'au cou. La barbe de trois jours blanche. Il n’a pas bougé depuis 6 ans. Sa peau est toujours burinée par le soleil et son œil et celui du Lion qui a connu la savane. La liberté.

Je l'interromps, il est d'abord surpris, un peu dérangé. Mais son œil s'avive quand je lui dis que j'ai une photo de lui et que je lui apporte demain. Je ne le verrais pas demain mais je lui laisserais la photo au kiosque voisin. Je reviendrai à Buenos aires, il sera toujours là.

Otra idioma

Otra cultura

Otro mundo

Otro destino

Misma Identidad: eres humanos.

Tels sont les mots laissés au dos de la photo.

Nous sommes dans le mythique quartier de la Boca et pour les non-initiés le centre névralgique du football argentin voir mondial. La Boca est le berceau de Diego Armando Maradona, el pibe d’Oro. Diego Maradona est un bon résumé de l'Argentine. Olive, pour son anniversaire, à la Boca promène sa guitare. Je dis promène car il ne l'a pas encore sorti de sa house .De fausse pudeur s'installe. Il n'est pas encore là, il tatonne.Moi je suis juste là pour lui créer le contexte favorisant la disparition de cette pudeur et l'ouverture de cette housse.

Quelle pudeur, quand on a du talent. Le passage à l'acte est contrôlé par la peur.

Je crois  qu'il a peur, qu'il doute. Il ne devrait pas. Il est le meilleur d'entre nous. Un peu égaré parfois. Nous passons un agréable repas et nous faisons rapidement l'unanimité sans fausse prétention ni modestie mal placé. Tout s'organise. Tout prend sa place. Prépare-toi Olive, ça va être à toi. Mais lui ne le sait pas encore, il est arrivé hier. Les serveurs nous parlent, les danseuses de tango nous font de jolis sourires. Nos langues se délient. Sur une terrasse un peu retiré qui mène à la toilette je rencontre pollo, uruguayen de 80 balais, le monsieur pipi. La terrasse est parfaite pour la première vidéo de notre ami Olive. Pollo sera son premier fan en Argentine. Les étreintes sont sincères, Vivre ses rêves. Moitié de rêve et je lui réserve sans doute plus .Mais sans doute seule la vie le sait, car en toute humilité, maintenant je ne décide plus, c'est la Route qui choisit pour nous.

J'ai oublié que j'ai repris à fumer des clopes.

Et je m'en fou.

On paye on s'en va. Quand le sosie de Pierre Arditi nous demande pourquoi la guitare. Nous sommes au milieu des passants. Tout se passe très vite il me dit qu'il joue je lui dis qu'olive aussi. Ses amis le pousse à faire un morceau il refuse et se laisse prendre au jeu .Et c'est le tour d'Olive. Il ne dissone pas. Ce n'est ni trop fort ni trop haut. Si yo fuera Maradona, viviria como el. Pierre Arditi chante tape dans ses mains. Les gens s'arrêtent, s'attroupent. Un rêve pour lequel tu ne t'es pas battu risque de te hanter toute ta vie. On lui demande clandestino. Il est beau dans la fin de jour à la Boca. L'ange est là, il luit comme un enfant. Le costume lui va bien, ni trop grand ni trop petit. Taillé juste pour lui, taillé pour la route. Les adieux sont sincères, tout le monde est content. La guitare n'est pas restée dans sa house, et c'est elle qui est heureuse.

Nous rentrerons passant par la Bombonera. Olive est ivre. Cette ivresse qui vient sans Rhum. L’ivresse du bonheur, celle qui vous mouille les yeux et vous serre les coeurs. Cette même ivresse qui ne s'explique et ne comprend que lorsqu'on l'a ressenti.

No nécessita hablar mucho. Alors nous errons dans notre hôtel essayant comme nous aimons le faire à donner du sens à cela, à expliquer ou comprendre. Alors qu'en fait, il n'a rien à comprendre. Mais en parler nous fait réaliser. Nous ne rêvons. Cumplenaos Felix. Nous irons boire une bière et manger une escalope milanaise dans un quartier branché, acheter du chocolat à 11 heure du soir. C’est un peu moins bohème, mais c'est Mercredi soir et c'est blindé de jeunes, de famille. Aucun touriste, ce n’est pas la période. C'est moins avenant je suis d'accord. Nous passons à l'interieur. La musique est forte. Je ne suis pas très bien. Je ne me sens pas à ma place, et lentement ce Boliche se remplit et avec les Gens mes batteries se rechargent. Les rencontres sont mon gasoil. Il est deux heures du matin. C’est trop pour Olive. Il veut rentrer. Moi non .Que faire son espagnol est précaire. Je l'accompagne au taxi. Il est capable de le faire seul, je le sais. Mais c'est lui qui en doute. Il rentrera, comme on rentre à Paris. C’est souvent seul quand se construit ses propres voyages. Je reste là abandonné, orphelin. Y a bien ce groupe de femmes quarantenaires passés qui me lancent quelques regards aguichant. Je n’ai pas très envie. Ni de parler. Ni de séduire. Je me nourris de ce tumulte. J’enchaine quelques pas de danse entre les rhums coca bien tassé. J’ai l'impression d'être seul.la musique est latine. Cumbia, Salsa. Et ceux qui ont gagné des concours de danse, dont Miguel de la Serna, Damien Laumaill, ou Hernan Santiago savent de quoi je parle. Cette musique qui délie les corps. Je me sens bien.je dois être un peu bourrache. Rhum coca. Toujours sans excès. Et puis elle m'a souri. La pour le coup dans la myriade d'étincelle c'était bien un ange. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite. C’est par l'agglutination de male autour d'elle que j'ai l'ai entre-aperçu. Mais moi trop occupé à regarder la jeunesse d'argentine s'enivrer. Je ne l'avais pas vu. C’est un peu le coup du filet de pêche. Nos regards se croisent. Elle attrape ce furtif instant pour du doigt m'inviter à la rejoindre. Je la regarde interrogatif. Moi? Je m'avance parmi les prétendants jaloux. Nos corps se collent et s'etreignent. Je m'arrête au milieu de la piste, et m immobilise comme un poteau de Mayol. Ils  s'échangent quelques mots. Que fais-tu ?d'où es-tu?...Et elle me dit qu'est-ce que tu cherches.

Putain, bordel de dieu je ne suis pas un de ces touristes à deux balles qui veut baiser d'ailleurs aucun ne baiseront .Je fais la route.et si tu me suis du regard toute la soirée tu verras je rentrerais seul. Je suis vexé. Je lui renvoie la question. Ces amis homos sourient en nous voyant. Ils me parlent. Me trouvent beau. Et toi que cherches tu belle jeune fille. Rien, dit-elle. Elle a presque dix ans de moins que moi Patricia. Elle est mannequin. La lumière se rallume dans le Boliche. Sur le trottoir à 'extérieur nous nous sommes un peu éloigné. Un touriste suisse bien bourré vient à nouveau la déranger, elle me dit l'oreille. Embrasse-moi s’il te plaît, il me gonfle celui-là. Nos lèvres se touchent. Des enfants. Pour moi c'est de l'anthropologie.

Douceur du matin à Buenos aires. Suis-je rentré chez moi. Ai-je raccompagné la Belle. Seule la légende le raconte. Et ce qui se passe en Argentine reste en Argentine. Il est tôt le matin quand je retrouve mon ami Olive, qui dort comme sa petite marlouche. Je n'ai pas sommeil. Le jour est déjà levé et j'ai croisé ceux qui partent bosser. J’ai de nouveaux amis, gais, mannequins, patron de bars, chauffeur de taxi. Il est temps de quitter Buenos aires. Mais j'aurais bien diné avec Patricia.

 

 Nous somme dans le bus.18 ou 2O heures de transit pour aller à Iguaçu. Un bus ou on peut allonger ses pieds,  ou on nous file des plateaux repas. Elle est loin l’Amérique centrale et ses poulets dans les micros bus. Mais le Paraguay se rapproche. Les transits sont toujours source de mélancolie. Non source de réflexions, l'envie d'écrire. De parler. Ces deux premiers jours ont épuisés mon compagnon de voyage qui se laisse lentement entrelacé par sa nouvelle terre d'accueil. Le bus n'a pas démarré qu'il sommeille presque. Moi j'erre un peu entre mes pensées, mes nouveaux souvenirs ce que j'en pense ou pourrais-je  en penser. Je ne suis pas mal .Je ne suis pas bien .Je suis sur la Route. Elle vous donne tant à réfléchir et de façon condenser, qu'il faut se poser parfois pour faire le point et éviter d'être submergé.

Olive se réveille juste pour fumer une clope dans les toilettes du bus. Mais son savoir sur les ventilations nous permet de passer inapercu. Et bien oui on ne se refait pas. Ici ou ailleurs. Comme le titre d'une de ces chansons rester dans sa guitare. Je repense à Dédé, El Padre avant de partir:

"Bonne Route que le vent te porte. Que la force te soutienne, que la joie l'illumine, la beauté orne la paix sur le monde. La sagesse te guide, et l'amour soit dans ton cœur."

Je lui en voulais un peu de ne pas m'avoir accordé 5 minutes pour se boire un Ricard avant mon départ. Mais avant de prendre l'avion juste avant de décoller et avant d'éteindre mon téléphone, c'est ce message que j'ai reçu. Comme un fait exprès. Comme s'il avait calculé. Alors en vouloir, la haine dans le cœur des hommes ne mène à rien et la compréhension plus que le pardon est redempteur. On se sent léger quand on écoute, on comprend et on prend ce qui nous fait du bien laissant aux autres le soin d'être aigri ou triste.

Je pense à Claudus, Marcus empereur de La valette, grand père, ami, confident, père.Je sais que si un jour je marche un peu trop seul dans la vallée obscures ces deux la brilleront assez fort pour me guider.

Ma sœur, ma nièce, Hernan Santiago, Yann Kiec, el Chimisto, Miguel de la Serna, hermano campesino, ce clan Marmounier, cette marie ou cette Lisa. Candy, non pas Candy pardon. Val oui...le Dag, Céline...Et Maman. Olive dort encore. J’ai dû m'assoupir un peu, sans valium.

Cette Maman, que j'aimerais retrouver en haut d'un machu Picchu. Je n'ai plus la force Maman. Tu n'es pas seule, mais j'ai besoin de lumière pas d'ombre. Et j'ai encore besoin de toi, besoin de toi quand tu resplendis, quand tu es belle. Peut-être que toi aussi tu n'es pas né du bon côté de l'océan mais la vie n'est pas une fatalité. Nous contrôlons un peu les choses. Même si parfois elle nous échappe. J'ai entendu sur un banc du Mexique dire :"si tu quieres tu puées...ou sur une route du Nicaragua : "qu'un problème sans solution n'est pas un problème, cela n'existe pas. «Mon ventre se tord sur la route quand je sais que tu ne m'as même pas appelé ou saluer ou souhaiter bonne chance pour mon voyage de trois mois, aveuglé par trop d'ego ou de crise spleenique qui te hante. Tu me répondras sans doute et toi tu m'as appelé? Mais tu es ma Mère et je suis ton Fils c'est moi qui est besoin de toi. Comme le veut la mère Nature. As t'on déjà un lionceau protégé sa mère.

Voilà à quoi serve les transits, dans l'obscurité d'un bus qui commence à sentir sérieusement le tabac, je mets des mots, je les notes, j'apprivoise mes errances émotionnelles. J'ouvrirais les yeux à Iguaçu.

Qui suis-je moi ? Ou moi plus 3 pastis? Suis-je Tyler Durden ou suis-je Edward Norton. Suis-je une partie d'Olive ou est-il une partie de moi, ou sommes-nous JerOlive. Sommes-nous fous ?ou Sommes-nous Homos.

Freud pourrais se frotter les mains de cela .Mais n'oublions pas que la mode de s'allonger sur un divan est Européene. On n’a pas le temps à Bamako, de se triturer l'esprit.

Le transit est fini. C’est sur le bord du trottoir que je l'ai aperçu qui nous regardait, comme un petit chat perdu. Anouch, mi suédoise, mi iranienne.6 Mois en Amérique du sud. Elle cherche un hôtel, nous un camping. Finalement avec deux palabres je trouve une maison à louer pour moins cher que ça.

Nous voilà parti avec Luis, loueur de maison et notre nouvel ami à usage unique. Elle a un beau profil. 6 Mois de voyage en Amérique du sud.6 mois à suivre en Afrique, étudiée à Londres, la psychologie. Option criminalité. C'est un peu l’histoire du mec qui vendait de l'intelligence qui n’avait pas un échantillon sur lui.

Et bien en conclusion au matin ou elle est partie, après 3 nuits de coopération de vie de voyage. Je crois qu'elle mentait de A à Z. Les voyages laissent  une empreinte indélébile. Il vous éduque. J’ai rencontré pas mal de mecs ici et là qui faisait la route. Vous me direz chacun son voyage, chacun sa position, chacun sa route chacun son destin, oui ça c'est Tonton David. Oui d'accord tout est diffèrent, mais ce que je veux dire c'est que devant et dans les voyages au long cours nous sommes tous identiques et nous nous reconnaissons. On voit celui qui est là pour 15 jours .Celui qui en est à son premier voyage. Celui qui est allemand, ou américain. Anouch, je ne peux pas dire qu'elle est l'éducation d'un voyage de 6 mois. Elle est partie un matin, sans même dire au revoir à Luis, le proprio. Elle a mis ses affaires mouillées dans son sac et elle est partie. Pas un mot d'espagnol, pas une anecdote à nous raconter, pas un sourire, même parfois quelques soupirs quand on marchait un peu trop. En quelques mots sinon je vais philosopher, elle nous a gonflé. Et je conclus en disant qu'elle nous a menti. Alors c'est sur elle a adoré me voir faire le guide dans le petit train qui mène au fosse d'Iguaçu à une famille chinoise, retarder le train pour faire monter un groupe de brésilien...ou lui montrer une famille de singe qui traversait la jungle et  qu'elle n'avait pas vu trop occuper à regarder ses pieds. Elle a pris une belle photo, dans l'immense jungle qui borde les chutes d'iguazu. Un oranger, le même qui a derrière la maison ou nous logeons.

Menteuse, mytho, réalité, peu importe. Nous on a gardé notre ligne de conduite, fière et libre.

J'ai compris qu'elle mentait quand nous sommes allés au Paraguay, à Ciudad Del este. Un grand Duty free géant. La ville est frontalière des trois pays, Argentine Brésil et Paraguay. Certains diront c'est Andorre.la comparaison est impossible, le modèle économique oui est comparable, pas de taxes. Mais le bordel que ça créer est unique au monde. Vendeur de chaussures, parfums, de saucisse, d'appareils photos, de guitare, de lunettes, de tazeurs, de clé 3G, de cocaïne, de viagra ......de mobile, de bouteille d'eau...de chaussettes, des rabatteurs, des distributeurs de prospectus. Dans ces lieux règle 1, ne jamais s'arrêter et marcher avec un but, enfin faire comme si vous saviez ou vous allez. On vous arrête, un sourire un pouce en l’air, gracias. A chaque vendeur une phrase secours. Pour pas que la discussion s'éternise. Vendeur de chaussette, j'en ai regardé. Clé USB, je n’ai pas d'ordi. Parfum je suis de Paris. Appareil photo, c'est mon métier j'ai mon matos...

Et tu te faufiles ainsi sans être trop dérangé car la langue et le sourire valent toutes les explications. Anouch ne nous a pas quittés d'une semelle. Et notre fieffé Olive, le communiquant a vite pris le pli et se plaisait à ces petits haïkus de réponses qui du coup sont devenu pour lui un bel exercice de langue. Anouch n'a pas dit un mot. Elle se demandait ce qu'on foutait là. Ben c'est l’Amérique du sud ici, je voyage. On a acheté une guitare, on a repassé la frontière un peu stressé pour des raisons que la raison est folle ou que la folie ignore. On est rentré.

On est sain et sauf qu'elle ne sourit plus .C'est trop pour elle. Olive prend ses aises. Le repas au resto est l'occasion d'échanger quelques mots avec une grande famille, dont la petite de 8 ans parle un peu français. Anouch est toujours là. Elle pousse le paraxoisme de son mensonge en mettant plus de 40 minutes à choisir son plat alors que le mecero est venu presque trois fois pour nous demander si nous étions prêt. Je crois que j'en suis devenu con ce soir, en même tant Olive c'était le soir d'avant avec chacun ses raisons. Que la raison affole ou ignore ou la folie rafolle. Je ne sais pas. Nous en Argentine on a mangé de la viande et on le savait depuis qu'on s'est assis. On a attendu que la prétendue voyageuse se décide.

J'ai repris à fumer et je sens que cela influe sur mon corps, mal de bide mot de tête, mauvais sommeil, perte d'energie. Olive n'a toujours pas fumé de Bédot. Et cela ne le dérange pas. Vives pourrait peut-être nous expliquer cela.

Dimanche pluvieux, Dimanche heureux, Les Fos d'iGuazu. C'est Disney land, au niveau des tarifs. Apres le monde se diffuse dans l'immensité du site.

Puta Madre Cabron, qui a dit qu'il manquait d'eau sur la planète.

Parce que je n’en ai jamais vu autant que ça, même face à l'océan. L'immobilité est moins impressionnante que le mouvement. On se rend mieux compte. Dieu a vraiment mal foutu son boulot, ici trop d'eau et en Afrique on crève de soif. La nature n'est pas communiste. Répartir les richesses c'est pas son truc. L’eau ne cesse de s'écouler en masse puissante créant des nuages d'embrun quand elle vient s'effondrer sur sa propre surface à une profondeur que je ne peux pas donner. Je sais vous auriez aimé des chiffres, comme débit m3 seconde, comparé au débit d'une chasse d'eau pour que vous puissiez avoir une idée. C’est les renseignements vendu par les guides. Je me contenterais de regarder et de sentir cette eau qui remonte en défiant les lois de la granit et venant flageller mon visage.

Nous respirons et nous nous en rendons trop bien compte. La garganta Del diablo.

Notre amie n'en retrouve pas la parole. Et puis merde. Elle trouvera même grotesque le tour de bateau qui nous plongera sous les chutes. Trempé, et j'ai ri, j'ai ri, quand j'ai vu par un hasard calculé s'abattre une déferlante sur notre ami. N’est pas marin qui veut. Mais le heureux hasard épargne ceux qui jouent la partition sans dissonances. Elle s'est gelée. Nous avions des rechanges pour profiter pleinement de la journée. La langue d'Oliviero s'assouplit.

Anouch n'en peut plus. C’est trop pour elle. On lui propose de rentrer, on la rejoint à la maison. Elle est trop flippée. Nous rebroussons chemin évitant le petit train et cela nous invite à une balade à travers jungle. Nous serons tour à tour, guérillero, dérailleur de train, marcheur, botaniste, traqueur de singe, fou allié cherché par les polices du monde et en cavale dans cette épaisse jungle. Un fou est un fou, ou sommes nous tous cinglés.

Le spectacle en mouvement de cette eau contraste avec le "statisme" de la Barranca Del cobre au Mexique. Des heures sur mon perchoir à scruter le paysage qui ne bouge d'un cil. La Nature nous offre mille visages. Celui qui l'écoute devient sage. Les Hommes passent, mais les montagnes restent.

Il est possible que, au fil des générations le modèle économique capitaliste deviennent une fiction du passé-comme elle est, dans une certaine mesure une fiction du présent-, les poètes du monde qui suit seront inspirés par nos mythologies capitalistes.

Toutefois l’eau coula  toujours à Iguazu. Les montagnes du Mexique n’auront pas bougé d'un millimètre ou de quelques-uns.

Nous rentrons à la piole, il est 6 heures et Anouch est couché. Sans manger ni boire, sans parler mais cela n'as pas changé. Elle n'est pas méchante, bien au contraire. Elle me parait un peu égarée. Bien moins que mon compagnon de voyage, errant chez lui, gitan ici; Et même ce qui lui colle à la peau n'est pas la vérité; Il mange plus que nous. Devenir l'Homme que l'on veut être est plus périlleux que de se mentir toute une vie. Il faut du courage pour affronter sa propre condition.

Cette maison louée au soin de Luis devient notre grotte.

Mon désir de vous faire partager mes expériences passées, les présentes, les futures prend sa consistance ici. J’ai utilisé ce temps presque 72 heures à finir ce site des fils du vent. Avec humilité.

Anouch est parti. Nous l'avons embrassé, lui souhaitant Bonne chance.

Une semaine déjà.

To be continued. 

 


Il y a quelque chose de servile dans l’habitude que nous avons de chercher une loi à laquelle obéir. Nous pouvons étudier les lois de la matière à et pour notre convention, mais une vie réussie ne connait pas de loi. C’est une découverte assurément malheureuse que celle d’une loi qui nous lie là où nous ignorions que nous étions liés.

Vis libre, enfant de la brume. L’homme qui prend la liberté de vivre est au-dessus de toutes les lois tant celles des cieux que celles de la Terre, par la vertu de sa relation avec le législateur.  « Le devoir actif, dit le Vishnou Pourana, n’a pas pour dessein de nous asservir, le savoir tend à nous libérer, tout autre devoir ne mène qu’à l’ennui, tout autre savoir n’est qu’habilité d’artiste. »

Le temps s’écoule et se distord.

Une seconde vaut-elle une seconde ici et ailleurs.

A vos messages, nous nous apercevons que depuis nos dernières nouvelles le sable s’est écoulé si vite. Mais ce n’est pas notre perception du temps qui change, une heure vaut toujours 3600 secondes. La différence c’est le souvenir que laisse  ces 3600 secondes.

J’ai ouvert les yeux ce matin du 1 juillet 2013 dans cet auberge internationale d’Ascencion au Paraguay. Le soleil qui a fait son retour lèche ma peau de gitan. J’ai dormi dehors, réveillé par le bruit du tumulte d’une capitale qui entame sa semaine. J’avais le choix entre cela ou les ronflements d’un dortoir surchargé d’Homme qui partage le même espace. Trop étriqué , peu d’espace, pas assez d’air. J’étouffe. Dehors sur cette terrasse, les yeux sur la lune, je me suis endormi. Mi rêveur, mi nostalgique. Heureux qui comme Ulysse, a  fait un long voyage. La Belle de l’autre côté de l’océan me laisse un message d’amour. J’essaie de garder cette ambiance en moi, celle qui me permet de raconter avec le plus de justesse ce qui se passe dans nos têtes et sur notre Route. Il n’est pas simple d’être disponible pour  notre créativité.

Ma moustache prend forme. Elle est même digne de mon père dans ces années Francis Cabrel.

Je, enfin, nous, nous sommes fait submerger par un Paraguay enthousiaste et accueillant. Enseveli entre ombre et lumière. Un Paraguay qui après une semaine remet en cause toutes les réputations que nous OR-CCIDENTAUX, voulons bien en faire, lire ou croire. De la violence, de la misère.

Presque 10 jours que nous avons quitté L’argentine, et un passage furtif au Brésil. Une introduction avant le Paraguay me plonge dans mes premiers voyages, ou je ne maîtrisais pas l’espagnol.

Je ne maîtrise pas le Portugais, mais entre-temps je suis devenu un communiquant.

Nul besoin de parler quand il suffit de se comprendre.

Du coup je me surprends à balbutier quelques mots qui me reviennent de mon voyage au pays de Pelé. Je n’ai plus peur, je n’ai plus honte. Je parle espagnol avec l’accent brésilien, je change des mots, j’invente des langues portugnol, anglunol…que sais-je encore, je bouge les mains, je souris. Je suis ridicule. Mais s’il tuait ce ridicule, cela ferait longtemps que je serais mort. Et sans sans rendre vraiment compte, en à peine plus de temps qu’il faut pour porter un sac de voyageur,  nous sommes à l’hôtel, passé à la banque, fais quelques courses, parler foot, sexe…Le Brésil…

Tout est simple. Tout est calme. Trop…

Le Brésil est dans la Rue. La coupe du Monde 2014 est une vitrine pour le pays et particulièrement pour sa présidente « digne descendante de Lula ».Sauf que pour financer cette parure pour les yeux du monde, les prix ont explosés. Le Brésil flambe. Mais rien à voir avec nos manifestations entre deux cordons de policiers entre Montparnasse et la Bastille. Ce n’est pas l’Irak, mais cela  y ressemble du moins à la télévision. C’est l’Amérique du sud et sa déclinaison des classes sociales et encore nous n’avons pas vu le Paraguay. Trop cher les transports, trop cher la bouffe, trop cher l’essence.

Les lacrymo se dispersent dans la foule, les policiers chargent, les voitures brûlent. Et la selecao gagne la Coupe des Confédérations avec tout son peuple avec elle. Les stades sont pleins. Les gens se figent devant leur télé.

C’est leur église. L’amérique du sud et ses paradoxes. Ombre et lumière.

C’est dans la lumière du matin et la grisaille de la saison que nous passerons une frontière à pied pour rejoindre le Paraguay avec nos préjugés. Sans cartes, ni boussole, guidé par notre chemin, un jour justifiant le précédant et introduisant le suivant. Car ici demain est interdit.

A nouveau dans Ciudad Del este, ce duty free à ciel ouvert. Des mouvements financiers libres de taxes qui organisent ce grand n’importe rien. Ce n’est pas vraiment encore le Paraguay, c’est une zone franche avec tous ce que cela implique de corruption organisée.

Nous n’y resterons qu’une nuit dans cette ville ou Tijuana fait figure d’enfant de Cœur. Et Miguel de la Serna a vu Tijuana, il sait de quoi je parle. Nous aurons juste le temps d’acheter un peu d’herbe magique sans respecter les codes de la Rue et  du continent.

Ce qui ne vient pas à toi, ne le cherche pas, sinon tu risques de te faire avoir

Cela n’a pas loupé. Contrôlé par l’envie nous avons cherché cette mixture à l’effet euphorisant. Bien emballé dans du plastique au milieu des passants. On glisse l’envie dans une poche contre quelques billets furtivement échangé pour éviter la Police déguisé en locaux. Des sueurs m’envahissent. Je dissone. Et je sais pourquoi je sonne faux. Je crois que la peur m’envahit et je retrouve mon compagnon, assis sur un bout de trottoir au milieu du tumulte mercantile, crachant par terre, un doigt dans le nez, pour se faire passer pour un local. Mais la supercherie est en route.

Un caillou, nous avons acheté un caillou.

Ne respecte pas les règles et tu te feras avoir.

Tout vient à point à qui sait attendre le moment opportun. J’ai ri, j’ai transpiré pour un morceau de caillou, le plus cher du monde. Mais l’expérience a bien servi à mon compagnon de route. les codes ici ne sont pas les mêmes que chez nous et le langage de la route, de la rue, de la drogue, varient. D’autant plus que je ne fume pas.

J’en ri encore.

Le temps d’une promenade nocturne pour voir si finalement le Paraguay est digne de sa réputation internationale. Et bien sûr il ne se passera rien, mettant en doute les préjugés de l’ordre occidental établi. Ciudad del Este aussi est dans la Rue et nous hâtons le pas pour rejoindre la manifestation.

L’évolution est une réalité quand elle commence par un R. Des slogans riment avec les nôtres, plus de sécurité, moins d’impôts, plus de justice, moins d’injustice sociale. Rendez-nous nos droits, et notre envie de partager l’avenir de notre pays que vous contrôler sans nous consulter.

Nous éviterons la case casino, salle de jeux, salle de massage, qui dans le pays de l’illégal devient légal. Et notre caillou trônent sur notre table de nui comme le trophée d’un écart de conduite. Un avertissement. C’est une grande qualité de savoir fermer sa gueule et de rester à sa place.

Je suis encore sur cette terrasse. Et je suis bien, enclin à dévoiler notre route en prenant soin de dire la vérité. Plus que la justice, l’argent, la célébrité, donnez-moi la vérité, a dit Thoreau, mais pas tout à fait dans cet ordre.

Nous partons pour la capitale et faisons une halte à Caacupe, à quelques trente kilomètres d’Ascencion. Nous nous mélangeons dans les taux de change au point que je dois m’y reprendre à plusieurs fois avec l’aide des passants. Je n’arrive pas à retirer et le spectre de la Visa qui ne fonctionne pas ressurgit. Fausse alerte, avec mes mauvais calculs, j’essayais de retirer 50 centimes d’euros. Le passant qui m’accompagnait doit en rire encore. En effet 1 euros vaut 6000 guarani, la monnaie locale. Donc pour 100 euros il te faut 600000 guaranis. Beaucoup trop de zéro pour pouvoir l’accepter, et l’impression de retirer 10000 euros,  ou mille euros…

Bourgade tranquille ou trône une basilique pleine du matin au soir, et lieu de pèlerinage de tous le Paraguay. Rien de particulier à faire, à part flâner, ici et la et aller à la rencontre des gens.

Musicien du coin  qui demandent quelques bières un billet, mais  nous avons aussi notre tour de chant. Les passants s’arrêtent à la vue de ces deux français qui à la terrasse du bar au coin de la place centrale,  agrippé au guitare donnent ce qu’ils ont. Des sourires de la joie et quelques accords. La musique n’a pas de frontière. Et je crois que pour moi c’était la première fois que je me montrais musicien au nez et à la face des autres. Et quels plaisirs de donner cela. Il me manque peut-être une vidéo de cela, comme un souvenir. Mais cela serait-il pour flatter mon égo. Le souvenir me contente largement. Et Oliviero lui aussi jouait la première fois dans la Rue, il ne manquait que le chapeau pour récolter quelques pièces.

Accueilli chez Myriam comme ses fils. Comme ma maman l’aurait fait.

Mais il est donné à toutes les femmes d’être une mère, mais il est plus difficile d’être une maman.

Myriam est une maman, bienveillante, affective. Le sourire angélique de la vierge Marie contemplant l’enfant Jésus. Le visage du bonheur.

Elle est le Paraguay, celui qui va se dévoiler à nous et à vous si le cœur vous en dit de poursuivre la lecture.

Ne rentrez pas après minuit, après tous les chats sont gris. Principe de précaution, nous l’écouterons. Mais au final, il ne se passera toujours rien dans la nuit profonde du Paraguay, si tu n’achètes pas de caillou. Nous mangerons un morceau dans un resto tenu par son patron, que nous surnommerons le philosophe. Sans doute parce qu’il prend le temps avant chacune de ses interventions, et parce que qu’il citera Néron, Robespierre, Diderot. Mais vous savez nous les remplaçants.

Pas d’emphase ou de confiture culturelle. Une justesse dans le ton, quelques respirations pour mettre en valeur son discours. Le fond rime avec la forme. Les idées entrainent les concepts qui introduisent les citations. L’homme et le seul mammifère qui se cassent la figure trois fois sur le même rocher. Il se retire quand nous devons manger. Reviens quand nous avons soif, sans oublier de commenter à juste titre ce qu’il avait entamé au début de notre repas. Avec parcimonie. La relation aux idées du siècle des lumières avec le développement du Mercosur, Darwin et l’individualisme croissant dans nos sociétés cosmopolites…j’en passe et des meilleures. Nous nous lèverons pour payer au moment  il fit retentir Notre Hymne National sanglant. Vamos hijos de la patria , el dia de gloria …La Marseillaise même en reggae ça m’a toujours fait dégueler. Mais elle reste aux yeux des peuples qui se sont libérés du colonialisme espagnol un exemple. La démocratie française, sa république. Je crois que c’est notre dernière bonne contribution au monde contemporain, elle a 200 ans. Les fondateurs de ce principe serait-il fier de ce que nous en avons faits.

Nous quittons le lieu sur des airs patriotiques remerciant le Philosophe pour ce moment.

Nous errons dans ce début de soirée de la grande banlieue d’Ascension.

 Sur le bord de la chaussée, une file de voiture attend warning en marche.

Et sur le bord du trottoir, un bout de comptoir lumineux, de la musique, quelques fauteuils. Le premier Drive Coktail. Le nouveau Jean Roch de Caacupe.

Une bonne idée et la possibilité de la mettre en œuvre son des vertus qui donnent des ailes.

Un champ des possibles plus large qu’en Occident .Un loyer payé pour le local, une misérable autorisation à la municipalité, et l’affaire et lancé. Et comme par hasard cela fonctionne. En 4 mois, quatre employés de plus et de l’argent qui rentre. On est resté là un moment pas pour compter ses billet pour échanger quelques mots et boire quelques cocktails. A 10000 guaranie le cocktail soit presque 2 euros, je pense que si mes calculs sont bons il s’est bien fait 300 euros dans la soirée, soit presque l’équivalent du salaire minimum ici.

La basilique sonne les coups de minuit et les Cendrillons rentrent écoutant les conseils de Maman Myriam.

Nous partons pour la capitale, un livre de recette en poche, dégustation de spécialité, une leçon particulière pour le maté, et petite adresse pour poser nos sacs.

Bien longtemps que je n’avais pas partagé mon quotidien en auberge de jeunesse. Les souvenirs que j’en ai me semblent flous et pas agréable. Je revois ces bandes d’américains, ipad, Oakley, qui se font passé pour des pseudos roots résistants mi maya mi nike air. Mais j’en ai peut-être déjà parlé.

Et bien les exceptions confirment les règles. On nous accueille dans un castillan parfait, par une française qui malgré le secret levé sur nos nationalités par le passeport présenté, garde l’espagnol comme moyen de communication. La France est bien là. Matthieu dans son premier voyage, imprimait des billets en France, il redescend du Brésil. Mirei, né en Roumanie est Canadien, et descend de Montréal en Cross ; Alex, lui vit ici depuis trois mois en stage dans la gestion de l’eau potable au Paraguay. Laëtitia a roulé sa bosse, Haïti, à droite à gauche. Ici et ailleurs. Une enfant du pays basque écrit sur l’avortement dans les pays qu’elle traverse.

Dans les rencontres d’auberge on finit tous par échanger sur nos voyages passés comme pour dire à l’autre regarde moi j’ai fait ça. En auberge on vit beaucoup dans le passé. On raconte et on se la raconte. Là  c’est plus soft, ça se prend pas vraiment au sérieux, on a à faire à de vrai trottamundo. Ça parle anglais, français, portugais,  anglugnol ; portugnol…et espagnol avant tout, pour l’amour du monde. Chacun prend le soin d’écouter l’autre quand son langage manque de fluidité. Une jolie forme de communautarisme. Mise à part la journaliste brésilienne pompeuse, dont j’ai oublié le nom qui s’est senti obligé de réveiller le dortoir quand elle avait décidé de se lever. Un détail, mais je lui fis en passant la réflexion avec ma tête de Marmounier. Elle est partie, elle ne restera qu’un détail. Un asado s’organise, on échange des mots des sourires, des salades, des idées et de la viande, du rouge contre du rhum du sel contre du piment. Les mains se touchent, les fourchettes s’échangent, le pain se rompt, les verres se partagent, les cigarettes aussi. Rien n’est à quelqu’un et tout  est à personne. On revient dans le présent quand on a fini nos anecdotes du passé. On parle presque même d’avenir, l’alcool délie les langues. Et je crois que tout le monde s’accorde au même ton. Cette orchestre mal accordée devient une vrai symphonie avec des solos de manouche et des refrains en catalan, des grands bruits de cartouche , des airs d’internationale. L’ambiance se dilue l’individu  sans se soucier de l’autre mais sans vraiment le déranger s’échappe pour rejoindre Morphée.

Mon avis sur les auberges de jeunesse a changé. Comme un désert, ou une église un lieu  n’existe que par les gens qui le font vivre. Et ce petit hôtel planté sur calle Azara est vivant. Loin du stéréotype de l’auberge de jeunesse que j’avais rencontré auparavant mais Klapish en parle mieux que moi. « On y trouve que ce que l’on y apporte », prend alors tout son sens.

Nous nous sommes bien comportés, restant à notre place, utilisant nos meilleures blagues, nos meilleurs accords, le meilleur de ce que nous pouvions donner. Nous, dépouillé de toute supercherie, ou mensonges, d’orgueil et d’emphase. Bloc de bois brut. La timidité nous va bien quand on ose la porter. Les projecteurs me font peur. Donner aux autres ce que nous sommes et pas ce qu’ils attendent de nous. Ainsi le fruit reste mur prêt à être consommer.

Bien sûr et comme toujours il faudra qu’on fasse les malins, en faisant pas comme les autres, en suivant notre instinct. Prendre la route, en voiture de location pour trois jours à travers le Chaco.

Conduire en Amérique du sud, c’est un peu conduire sur le périph parisien mais avec des conducteurs qui n’ont jamais passé le permis. Chacun fait ce qu’il veut. Et cette voiture m’ôte une certaine allégresse car elle m’ajoute une responsabilité. Sortir de la capitale par des quatre voies ou se côtoie, charrette, motard sans casque, trente-trois tonne roulant presque au charbon. Mon collègue m’a lâché. Mais Hernan santiago m’a dit, ici faut pas hésiter, tu mets ton cligno et tu t’engages. Nous sommes sortis de de la ville. J’ai bien pensé que les soucis allait disparaitre avec l’asphalte flambant neuf, la rectitude ( ????) du tracé, et le traffic automobile qui doit être de 2 voitures tous les 150 kilomètres. Notre première étape étant à 300 kilomètres, je vous laisse faire le calcul du nombre d’automobile croisé. Oliviero de la Calle n’est pas Oliviero del coche. Il dort toujours comme un bébé. Les soucis vont alors commencer. Au détour d’un arrêt Pipi, photo, sentant ma direction un peu molle, je vérifie mes gommes. Et comme prévu le pneu avant gauche fais bien la gueule. Je n’ai toujours pas parlé depuis que nous sommes partis. Et j’ai encore moins envie de parler quand je m’aperçois de l’état de mes Roues. J’ai bien vérifié pourtant à la location que l’assurance n’était pas valide, j’en oubliais de contrôlé les pneus. Le paraguay s’est environ 7 millions de personnes, plus de la moitié  vivent à Ascencion. Le reste pas un troquet pas une mobylette. Rien quedalle. Les routes ne tournent pas, ou alors c’est une blague. C’est la Patagonie du Paraguay, mais aussi un des endroits les plus hostile à vivre, inondé dans l’hiver, sec et aride le reste du temps. Il est donc réservé aux indigènes guaranis, qui sont les ancêtres de ce pays et aujourd’hui les plus mal loti. Si tenté que parfois il soit logé ou loti. Les laissé pour compte. Les mêmes qui s’entasse dans des bidonvilles sous les fenêtres du palais du gouvernement à Ascencion. Quand je dis sous les fenêtres ce n’est pas une métaphore. C’est du littéral. L’insultante vérité des inégalités sociales. Chez nous elle se cache dans des tours dans les banlieues, ici elle vous saute à la gorge, vous étouffe à vous en faire perdre la parole. Elle vous crache à la gueule. Fermer les yeux est une échappatoire. Mais nous n’avons fait que fuir, nous ne voulons plus faire semblant. La Route ne tourne toujours pas, ma moustache continue à pousser et je porte même une raie sur le côté pendant que les enfants jouent dans la boue quand leur tas de tôle de maison à les pieds dans l’eau. Ces enfants-là du Chaco ont plus de chance, certains d’Ascencion, sous les balcons présidentiels jouent dans la merde.

Alors oui tout devient relatif.

La Route continue, et notre pneu à se dégonfler je demande bien un endroit ou la réparer, mais ici tout est à 150 kilomètres. La voiture ne tient plus l’asphalte. Gomeria, c’est ainsi qu’on appelle un mec qui change des pneus. Et les préjugés reviennent quand je gare la voiture devant 4 muchachos en bleu de travail, claquette au milieu de nulle part. Oliviero sort de sa petite sieste un peu groggie, moi j’ai l’air un peu préoccupé. Mais ici comme toujours tout est simple. Ben ton pneu il est crevé, on va te le changer avec la roue de secours, enfin une galette. Pour 1 euros 50.Autre question. Je m’en veux encore d’avoir pensé que j’allais disparaitre dans ce trou du Paraguay. Une jolie forme de racisme, bien ancré profond. La peur de l’inconnu faire naître des craintes qui porté à son paroxysme donne naissance au racisme. Il y aura bien un camion de Cinquante vache qui s’arrêtera derrière ma KIA Mobil paraguayenne, pour saigner l’une d’entre elle, morte pendant le voyage ; pour mieux conserver la viande. Nous filerons un coup de main à la trainer dans le semi. Et nous voilà reparti. La nuit tombe sur le Chaco, nous roulons sur trois roues. Pozzo Colorado s’est Bagdad Café, un hôtel.

Et nous trônons sur le toit terrasse ; le monde ne change pas, mais nous nous devenons des Hommes.Nous sommes accueillis au même titre que les 4  ingénieurs géologue colombiens, la pour voir la potentialité de cette Terre de malheur, à cacher dans son ventre du pétrole, qui fera le bonheur des autres. Quand il apprenne que je finis en Colombie, en moins d’une bière mon voyage  est organisé. Myriam de Caacupe, nous avait prévenu, si vous louait une voiture, elle doit dormir à l’interieur.Mais ici elle a dormi dehors et nous nous sommes imaginé tout un tas de scenario, émis des suspicions sur les uns et l’autres. Inventé tout un tas de solutions au cas où elle disparaitrait pour rentrer, pour la déclarer voler. La peur extériorise nos pensées cachées. Pourquoi tant de préjugés ? Je ne vois pas bien ce qu’il ferait d’une Kia sur une roue de secours sur des routes pareilles. Cela c’est un jugement rationnel. Enfin des routes, des chemins de terre boueux. Mais nous ne savons pas ce qui nous attend demain. Au final la KIA sera bien là au réveil. Et je sais pourquoi même s’il y avait un voleur de bagnole à pozzo Colorado il ne serait pas assez con pour la dérober vu qu’il ne pourrait pas l’utiliser, à moins de la changer en 4X4, la rehausser, changer le moteur…

Je comprenais pourquoi la patronne nous disait que la Route jusqu’à Conception est vraiment pas joli surtout avec notre équipement. Elle n’oubliera pas de demander une ritournelle à notre saltimbanque au matin,  en faisait des offres immobilières défiant toutes concurrences. Mais je ne vais pas vous en parler. On a pris la Route avec une moitié de plein, rien à bouffer, rien à boire, pour 350 bornes, ça devrait passer.8 heures plus tard, je bouclais ma première grande étape du Paris Dakar, le dag serait fier de moi, le Duke aussi. Oliviero de la calle ne dort plus, filme moins. Et le spectacle de la misère des gens lui ont coupé l’envie de blaguer. En même temps il a bien mieux à faire, m’annoncer les trous, les sauts, les terrains glissants, les ornières. Plus de goudrons…

De la terre argileuse ou l’eau ne pénètre plus, et une Ka sur trois roues. Sympa les vacances. Mais quand tu te dis ça passe, ça passe, tu réfléchis pas, tu mets ton moteur dans le bon régime et tu braque contre braque pendant 5 heures en évitant de caler sinon tu repars plus. Je n’ai pas vu grand-chose du paysage et j’en suis sorti éreinter. Je ne comprenais pas l’air hagard des quelques passants. Je croyais qu’il matait nos têtes d’ahuris, c’est plutôt l’état de la bagnole.

Et on finit par arriver sur la réserve, le ventre vide. L’hôtel trouvé reste porte close, le restaurant en face ne sert plus, il est Quatre heures . Nous sommes crevés,  affamés. Y’ a rien qui va. Non cela c’est les mauvais scénarios. Le restaurant malgré le fait qu’il soit fermé nous sert sa fameuse escalope milanaise. Le temps que l’Homme de l’Hôtel revienne du bar ou sortent de sa sieste.

Moitié du chemin, demain nous rentrons pour Caaocupe, et revoir ceux que nous avons croisés, Maman Myriam, Jean Roch , le Philosophe.

 Le directeur de course nous dit que c’est plus roulant, mais il faut se méfier. Il faut faire un contrôle mécanique, préparer l’étape de demain.

Nous allons nous coucher…

Il est faux de  dire que nous sommes allés nous coucher. Il était trop tôt ou trop tard. Le  temps se distord. Sommes-nous éveillé ? Sommes-nous endormis ? Les deux peut-être. Le temps  n’est plus qu’une notion subjective qui nous raccroche à une réalité. Nous  sommes au Paraguay depuis 5 jours et nous venons d’apprendre que l’heure est  différente de celle d’Argentine. Nous vivons une heure plus jeune depuis 5
jours. Je viens de fêter l’anniversaire à mon Papa. Car même loin des siens l’apatride
n’est jamais seul. Il pense à ceux qu’ils aiment. J’avais bien calculé mon coup
avec le décalage horaire ; et avec mon heure de décalage et il était toujours à temps d’embrasser Papa.

 Mais  la route distord le temps .Et une heure ne vaut plus exactement 3600 secondes. Je  venais de fêter l’anniversaire à mon papa avec deux jours d’avance dans son  fuseau horaire et une heure de décalage avec l’heure locale.

Au final je ne sais plus l’heure qu’il est le jour que
nous sommes, et je me sens lentement glisser. Cela fait un peu babas cool et je
ne sais quel adjectif rastafari. Cela pourrait l’être si cela ne se
reproduisait pas .Je fêtais la fête à ce toujours même Papa avec 3 mois
d’avance. Pourtant je sais bien que la saint André et en Novembre, et même Le
30.Je deviens fou.

Nous sortons les guitares. Les agents du gouvernement
s’intriguent. S’approchent, s’interrogent. Ils sont du service fiscal
Paraguayen, ils viennent chercher les impôts du Peuple. Tous ce qui nous régale.
En même temps celui qui prélève la dîme ici n’a pas un clou. Et comme les impôts
sont si faible, l’assurance maladie est une utopie, une hérésie, les
allocations chômages restent aussi une légende. Je vais pas vous bassiner avec
des chiffres .Au final personne n’est juger pour sa catégorie socio
professionnelle. Mais pour ce qu’il est. Il est très commun de l’autre côté de
l’océan de répondre à la question : «  tu bosses dans quoi »,
lorsque nous arrivons dans une réception. La conversation sera elle plus intéressante
si je réponds plombier artisan ou chirurgien orthépédique. Qu’est-ce que cela
peut vous foutre ce que je fais et d’où je suis ?

Antonio et ses amis du fisc ont vu deux mecs sortir une
guitare et parler de la vie sans retenue. Ecorcher de kilomètre de route
boueuse, les yeux lourds de sommeil, mais ivre. Et les raccourcis iront bon
train et c’est ainsi que les légendes prennent forment. Nous sommes ivres de
rencontres. Des bouraches de l’intercambio. Les guitares s’échangent, les
ritournelles en guarani, valettois , provençal se succèdent. Nous parlons avec des hommes qui ont la pleine
mesure de l’instant. Sans abus ni exces. Car ce sont des travailleurs, des gens
du peuple qui ont conscience que leur patrie a besoin de leur besogne. Les
cours d’histoires, de socio politique sur le Mercosur et le rôle fondamental du
Paraguay sont fondamentales pour la compréhension de ce pays coincé entre les
trois grands. Brésil Argentine, Bolivie. Le Paraguay est une île sans océan.
Les embrassades sont sincères, on nous fait rentrer notre bolide de compétition
dans le garage familial au cas où un mauvais gens veuille noircir la réputation
de ce pays si aimable et accueillant.

Antonio , lui rôde. Il a 56 ans. Il a le visage marqué.
Par quoi je ne sais pas il serait odieux et insolent de porter des conclusions
hâtives. Il a la peau craquelé par le soleil. Buriné je devrais dire. Il
nous demande notre prochaine
destination. Nous retournons à la capitale. Il nous invite à son anniversaire
Dimanche. Mais il pense sans doute que nous ne viendrons pas.

Au matin, la voiture est chauffe. Nos amis d’un soir
sont déjà partis. La voiture a été envoyée au pressing hier. Elle est comme
neuve, mais avec toujours sa verrue de roue de secours.

Et je peux vous dire sans honte que cela me tracasse. Et
comme toujours un problème sans solution n’existe pas. Olivieiro et moi n’avons
pas le même rythme. Il est plus diesel, un moment de latence de quelques heures
avant de s’agiter. Mais dans la voiture il se laisse aller. Nous passerons bien
quelques barrages de police. Toujours sans encombre. Une gomeria encore, le
jeune garagiste a 17 ans son frère 8  ans, ils nous enlèverons la roue de secours,
mettrons la roue de derrière devant remettrons la roue crevée réparé à
l’arrière. Plus de sécurité car la motricité est à l’avant. Leur Papa prend la
guitare et nous fait un petit air guarani, les yeux du petit mécanicien
explosent de joie retenue quand je lui tends un billet correspondant à son
salaire pour notre roue.

Je vais pouvoir enfin rouler .La Route qui nous ramène à
la capitale est d’asphalte, langue de bitume sans écorchure symbole que ce côté
du Paraguay est moins oublié. Sans doute car elle est dirigée et peuplée en majorité de colonie mennonite qui ont de  part je ne sais quelle raison apporté de
l’ordre et de la sécurité à ce coin du pays. Ils en ont oublié leur sourire
d’Amérique du sud qui est génétique.Ca ressemble un peu à la Bavière.

Nous passerons notre dernière nuit de trip trek en  voiture chez Myriam Luis et Angel leur fils à Caoccupe, pour les saluer.
Revenir saluer des gens à l’étranger leur montre votre sincérité. Et c’est Luis
qui se montrera le plus expressif. Jean Rock le vendeur de cocktail et son
équipe est stupéfait, le philosophe nous distillera deux trois adages pour notre retour. Ces gens sont  heureux et leur yeux miroir du fond de leur cœur ne peuvent mentir .Et dire que  certaines disaient que j’en faisais trop.

Nous ne sommes plus des vendeurs de rêves. Nous  partageons nos vies nos émotions ici et ailleurs. Peut-être n’en faisiez-vous  pas assez.

Nous nous faisons arrêter par la police car j’ai oublié
les veilleuses, et une amende de 50 euros doit nous être infligée. Nous n’avons
pas un guarani sur nous. Je reste fier et libre, je suis touriste et j’ignorais
cette loi. L’amende diminue à 25 euros comme par miracle, je n’ai toujours pas
d’argent. Et quand je demande un reçu pour payer l’amende au bureau de police à
la capitale, on me demande de circuler rapidement. Y a plus rien à voir.
Escroc. Olivieiro regarde son ami se dépatouiller dans cette situation un peu inconfortable. Et cela ne fait que commencer je vais passer
les prochaines 72 heures à régler des problèmes.

Ils nous tardent  de rentrer je crois, rendre la KIA mobile qui est un remake de la KA mobile.
Avec tous ces pneus ; comme neuves  et dire que La señorita Fatima Florentin de l’agence de location m’a  demandé : «  vous restez à la capitale ». Oui bien sûr ai-je
répondu.

Mais mon contrat  précise kilomètre illimités. Nous rentrons dans Ascencion, fier et attentif. Conduire  en Amérique sud n’est pas de tout repos. Nous rendrons le véhicule sans encombre. Enfin  c’est ce que je croyais.

Laetitia nous a gardé notre barda. Et les questions  fusent sur notre périple. Chacun veut savoir ce que l’on a pu bien foutre dans  ce coin du pays. Mais que leur raconté. Des choses se vivent et peu se content.
Notre ami le Yankee est le plus curieux. Il étudie le Guarani depuis deux mois.
Alex est intrigué, deux mois qu’il est la et aimerait lui aussi aller découvrir
ce côté du Paraguay. Un asado se prépare toujours pour fêter quelques choses et
une bonne excuse pour se retrouver autour de quelques bières. Notre égo se sent
important. Et nous sentons notre orgueil brouiller nos consciences. Mais la
pudeur devient un mode de vie .Et la route est la raison pour laquelle nous nous levons le  matin, nous nous brossons les cheveux,
nous nous coupons les ongles, lavons nos affaires, mettons du déodorant. J’ai
coupé ma moustache. Nous n’attendons  qu’une chose : le matin pour tailler la route.

Je pars acheter  les billets de bus pour le lendemain.

Nous passons du temps à écrire, monter des vidéos, notre  bonheur ne vaut que si nous le partageons. Nous avions oublié que sur la route
nous rencontrions des amis à usage unique ; mais l’amitié ne se mesure pas
au temps passé avec les gens. Notre  aventure mérite, sans prétention ni fausse modestie, bien plus qu’un mail  griffonné sur un bout de serviette. Nous
imprimons des cartes de visite…les fils du vent, voyage et échanges. Nous
voulons crier au monde entier que nous sommes libres heureux et presque fier de
l’être.

L’asado s’organise si vite, si bien. Je reviens du  terminal, oliviero de la calle à un peu de mal à s’orienter dans l’espace  quadrillé d’une capitale sans dessus dessous.

Nous sommes légers de trois jours d’errance dans le  Chaco paraguayen. Nous nous sentons un peu moins les enfants oubliés de  l’histoire dans les yeux de nos compagnons d’auberge. Nous nous sentons des  héros. Les héros de nos propres légendes  de vie.

Mais plus ici qu’ailleurs tout est éphémère et ne tient  qu’à un rien de fil. A l’idéal succède  le spleen. Nous avons toujours été capables du meilleur et souvent du pire. Capable  de faire rêver une batterie d’enfant en vacances avec deux accords et trahir la confiance de nos proches.

Ce continent nous ressemble, ou nous lui ressemblons.

Il nous fait rêver. Et dans l’instant suivant, devant le supermarché, le spectacle de cette  fillette de 5 ans sans chaussure, la
faim au ventre nous fait vomir. Olivieiro se charge de faire les courses pour
notre diner. Je reste le cul posé sur le trottoir à regarder le spectacle de la
misère, de la lutte des classes. La  merde ne sent toujours pas mieux ailleurs. Il était 19h ; elle toute seule  en haillon elle avait 5 ans. Accoudé à une voiture de semi aristocrate, ou une  grand-mère attend le retour de sa belle fille qui fait quelques courses.
Guevara serait-il mort pour rien, laissant derrière lui toute une chiée de
laisser pour compte. Ils sont ses orphelins. Dieu ne fera rien pour eux. Mais
cette grande mère que j’vais pris pour aveugle, offre à cette fillette un peu à
manger, un peu à boire, quelques crayons de couleurs. La belle fille s’assoit
près d’elle, et de sa voix la plus douce lui demande ou est sa maman pourquoi
elle et la seule. J’écoute d’une oreille. Mes yeux se mouillent. La fillette ne
sait même pas comment tenir les crayons de couleurs. Mes yeux saignent et c’est
mon cœur qui pleure, oliviero de la calle revient avec un sac énorme de cressin.
Les classes sociales ne se mélangent pas  mais elles ne s’oublient pas. Ce continent nous apprend la modestie, avant j’aurais glissé le sac de pain rassis à la fillette comme pour me sentir important.
Je le laisserais aux mains de la belle fille, en lui disant merci. Je continue
à croire que la rue est remplie  d’Ernesto Guevara. Et que la solution, la guérison est en chacun de nous et pas  dans nos instances juridiques ou décisionnelles. Le pouvoir de changer les choses  est dans le peuple. Nous les regardons toutes les deux traverser la rue,  l’inconnue ramenant la fillette à sa mère quelques part dans le parc central.
Nous restons là. Muet. Cent maux dire .Mais le mal est déjà fait. Nous n’avons
plus faim.

Comment sortir ces images de ta tête, et seul ceux qui  les ont vu peuvent en témoigner.

La vie est dure, rude pour les faibles de l’autre côté  de l’océan.

L’asado n’aura pas le même gout. La viande est plus
tendre, la bière plus fraiche, l’amitié plus grande. Tout redevient à personne
et rien n’est à qui que ce soit. La  propriété n’existe pas. Et ce qui nous divise ne sert à rien. Chacun rejoint  ces pénates tôt car la plupart travaille demain .Nous restons la ;
toujours les derniers couchés ; pour ne pas manquer une seconde. Et nos
pensées sont engluées entre nos souvenirs qui nous enivrent et la mémoire de cette fillette qui doit  dormir dehors.

Et je sais au combien il fait froid ; car depuis  que nous sommes dans cette auberge je n’ai fait que dormir dehors, sur un bout  de matelas, sur un bout de terrasse ; loin du tumulte d’un dortoir rempli  de mecs s’adonnant à des symphonies de ronflements.

Mais moi j’ai choisi de pioncer dans mon duvet  décathlon, pas la fillette.

Olivieiro finit notre montage vidéo. Il est très tard. Nous partons demain. Enfin normalement,  car au moment d’aller dormir je regarde les noisettes qu’il reste à l’écureuil.
En fait je consulte mes mails et ma banque, la caisse d’épargne.

Haut le cœur. Un mail de la senorita Florentin de  l’agence de location me demande de repasser la voir pour régler un problème de
contrat et mon compte affiche un retrait de 550 euros, par cette même agence.

Mais j’ai grandi, je ne suis plus l’enfant apeuré
comptant chaque sous pour éviter qu’il lui manque. Un sou est un sou, on ne
devrait pas faire le beau quand on n’a en guère.

Je ne sais pas si c’est l’image de cette fillette ou les  évènements passés dans ma famille qui m’ont conduit à devenir celui qui  relativise.

Il est 5 heures du matin au Paraguay, on vient de me
retirer 55O euros sans me prévenir. J’ai laissé un mail à la jeune secrétaire
pour lui dire que je serais à l’ouverture du bureau. J’ai appelé ma banque pour lui dire de ne pas  s’inquiéter. Je vais me coucher presque serein.

Il me manque 550 euros, faut quand même pas déconner.

Il est 8 heures, je me lève. Les yeux tout entortillé de  sommeil. De l’eau jetée sur la figure pour rendre à mes sens l’acuité  nécessaire à mon prochain rendez-vous qui vaut un mois de vacances. Dans le bus  je prépare mon discours pour rendre mon espagnol lui plus fluide possible.
J’allume bien quelques clopes pour me détendre. Olivieiro lui dort toujours.
Notre bus est à 11heures.Je devrais avoir juste le temps. La señorita Florentin
n’est toujours pas arrivée. Et j’attends dans le bureau, essayant de me
convaincre qu’il faut rester calme. J’ai retrouvé ma gueule de Marmounier sans
moustache, et si mes yeux bleus et mon sourire doivent servir à quelque chose
sur ce continent, c’est maintenant. Ola que tal  señor Marmounier me
dit-elle .Que tal ? Mas o menos…répondrais-je.

De coup de fil et de fil en aiguille, il semble que j’ai  raison et que l’erreur est admise par mon loueur de voiture. Mais ce continent nécessite  de la patience. J’ai raison mais je dois payer. Leur contrat stipule kilomètre  limité le mien kilomètre illimité. Maintenant que fais-t-on ? On se calme,  on fait deux trois blagues et on laisse les gens honnêtes régler le  problème.11H vient de passer. Notre bus est déjà parti ; mon argent toujours pas sur mon compte. J’emprunte
le téléphone de l’agence pour appeler le terminal et apprendre que je peux me
faire rembourser le billet de bus. La señorita Florentin est juste, elle fait
tout pour régler mon problème. Mon estomac sonne midi, le téléphone posé sur la
table en mode haut-parleur m’annonce que mon argent va m’être rendu d’ici 48
heures. L’agence me ramène en voiture à l’auberge, Oliviero fait semblant
d’être prêt à partir, alors qu’il vient de se lever avec son insouciance
légendaire. Mais sa transformation vient d’arriver ce jour.

Il est devenu ce jour celui qu’il veut un être ; un  Homme.

Ils t’ont forcé à boire. Mais pas seulement, de ce
côté-là de l’océan il n’y a pas la place pour les faux semblants ou les
non-dits. J’avais besoin de lui, il a failli ce sera la dernière fois.

Je n’ai guère dormi. Le chauffeur qui me ramène me dit
que je devrais rappeler la señorita Florentin pour l’inviter à boire un verre.
J’ai vraiment la tête à autre chose. J’aimerais voir mes 550 euros s’afficher
en crédit sur mon compte et me faire rembourser les billets de bus. Je ne suis
pas très bavard. Et quand l’homme, le con de l’agence me dit qu’il est
impossible de se faire rembourser les billets après le départ du bus je manque
de lui décocher un crochet. Normalement tout est possible ici Je me souviens au
Brésil m’être fait rembourser quatre billets d’avions alors que nous nous
étions présentés avec 48 heures de retard. Je vais faire un tour avec Oliviero,
je rumine, et retourne je ne sais pourquoi au bureau de vente. L’Homme a changé,
mon attitude aussi sans doute. Je ne suis pas à Toulon au bureau de la RMTT, je
suis à Ascension, au Paraguay.

Réviser ses paradigmes de vérité. Les filles d’Oliviero sont malades ; j’ai dû les amener  à l’hôpital car leur père ; mon  pote ne parle pas bien espagnol. Bref je vous passe tous les détails, on s’est  fait rembourser les billets. Nous montrons discrètement au premier con nos  billets remboursés ; tout est possible au paraguay.

C’est un samedi comme tant d’autres sur la Terre dirait
Francis, mais tout en espagnol je suis épuisé. Alex et le yankee prépare un
asado encore pour rien fêter mais pour partager quelques mots.

Et oui bien sûr quelques bières à en faire jaser
certains, ici, puis dans un bar puis  dans un autre et encore un autre. Mais toujours avec dignité sans excès aux  yeux et à la face du monde. Sans se cacher. Et tout devient plus normal car  nous sommes conscients de nos actes de notre ivresse de vie.

Le réveil est léger et c’est le soleil qui caresse ma  peau qui me réveille.

Dimanche .C’est l’anniversaire d’Antonio. Quelqu’un s’en rappelle. Oui vous savez Antonio,  l’inspecteur du fisc.

Je ne sais comment on arrive chez lui. Ah oui en nous  faisant prêter un téléphone par un passant pour qu’Antonio viennent nous  chercher au lieu de rendez-vous. Il croyait que nous étions des touristes  menteurs. La guitare d’olive est son cadeau. Toujours le postérieur posé sur un  trottoir ; une voiture s’avance vitrine baissée et s’adresse à nous :
«  Jérémiahs » ?

Oui car ici Jeremy se traduit ainsi. Un prénom biblique
comme il aime à me le rappeler, le prophète qui tient le feu dans ces mains.

C’est la fille d’antonio, enceinte avec son époux de  pilote d’hélicoptère de mari qui vient nous chercher.

Un dimanche d’anniversaire au Paraguay. 100 pour cent
paraguayen. Musique , asado toujours et encore. Oliviero fait ce qu’il sait
faire de mieux. Etre lui, cet animateur de vie qui avec rien transforme un
moment en souvenir inoubliable .Comme à Tourris dans nos folles années avant de s’embourber dans nos vies d’adultes à  responsabilité. On voulait changer la face du monde et nous n’avions pas les  armes. Le monde change et nous nous
métamorphosons.

Cumpleanos Felix Antonio s’élevé aux accords d’un
oliviero paraguayen, qui voit son espagnol lui rendre ce qui lui a été 
pris depuis deux semaines : dire ce qu’il ressent.

Antonio se souviendra de son 58 ieme anniversaire. Sa  belle-sœur et son beau-fils, sa fille son gendre et tout le reste aussi. Les
deux français qui avait dit on viendra, qui sont venus sans faire de bruit donnant rien de plus que  ce qu’il pouvait donner, c’est à dire  pas grand-chose et c’était déjà bien assez.

Le grand père, Francisco aime la musique tape dans ces  mains. Il a des airs de Claudus Marcus empereur de la Valette. Il nous raconte  la révolution. Il s’essaie à quelques accords, ses doigts raidient par le temps. Les invités disparaissent et
nous restons la avec l’abuelo.

Il est temps de s’éclipser, l’étreinte est forte. Nous  remercions le maitre de maison avec toute la politesse que nos générations de
différence impliquent.

Un dernier coup d’œil, le vieil homme fond en larme  submergé par je ne sais quel sentiment. Nous ne savons toujours pas d’ailleurs.
Il est presque inconsolable. Et c’est gêné que nous le serons fort dans nos
bras. Et dire que certains doutent de nous. Peut-être avons-nous été trop
merdique, alors aujourd’hui on nous maudits. Nous sommes des imparfaits prêts à
fuir ce qui nous irrite, mais prêt à luire comme des enfants. Nous ne voulons
pas grandir, et rester des mômes bien au fond de nos cabanes. Je crois que seul
ceux qui ont voyagé savent. Et ceux qui ont voyagés avec moi le savent encore
mieux. Ils connaissent vraiment Jérémy  Marmounier, niño del viento , fils des cigales et du mistral de Provence.

Le grand père est rentré chez lui pour s’essuyer les  yeux. Il est 16 heures, et l’équipe de Lucce joue cet après-midi. Première  division de notre pays hôte. Et bien oui
en bon afficionado nous serons au stade pour regarder un bon match de DH, genre
Sollies Pont- Belgentier.

Mené 2à 0 l’équipe locale lève la tête et la garde meurt  sans se rendre. La route est notre  église le stade de foot est la leur. Mais les blasphèmes sont autorisés.
Explosion d’un stade à moitié vide ou plein selon si les informations viennent
des supporteurs ou de la police, quand ils égalisent.

Le paraguay est dangereux, l’ONU a du se planter. Nous
rentrons tard avec encore tant d’histoires à se raconter, et en raconterons pour faire un peu les beaux.
Mais on ne se refait pas, non plus.

Alors on quitte le Paraguay ainsi. L’impression de vivre
une autre vie, ou de vivre notre vie. Nous écrivons, nous publions, montons des vidéos, essayons de produire, de  construire de créer et de finaliser. Pour l’un par l’écrit, l’autre par la  mélodie. Nous accouchons de quelque chose de concret et cela faisait bien  longtemps que cela ne nous était pas arrivé. « Certains ont évité ce
culte, on nous a nommé les fumistes. »( Mich). Mais aujourd’hui les mots enterrés dans mes tiroirs  s’échappent et les chansons égarées dans
sa guitare sonnent aux quatre vents.

Nous ne sommes plus les enfants oubliés de l’histoire.

Ce soir c’est quartier libre. Le premier depuis que nous  sommes arrivés. Chacun de son côté. Oliviero fait de la percussion avec nos  nouveaux amis, je m’éclipse comme un soleil pour voir le match de foot de  l’année à ascension. Demi final coupe libertadores, notre champions league. Un  sacré beau bordel. Leur église. Je n’ai pas contacté la señorita florentin.
Elle l’a fait avant moi. Nous échangeons quelques verres, et le reste , seule
la légende le raconte. Mais je crois que je peux dire sans rougir que je pense
à peine trop souvent à toi et le dire aux yeux de mes quelques lecteurs ne me fait point honte. Mais ton autonomie  sentimentale est plus riche que cela. Pourtant la lune n’est pas si loin.

Je rentre tard ou tôt, je crois qu’oliviero dormait ou  pas et puis on s’en fout je ne sais pas ce qu’il a pu bien faire je n’étais pas  là. Et c’est à lui plus qu’a moi que ça a fait du bien.

Je crois qu’il faut que je dorme l’enchainement effréné
de ces aventures m’ont pompé de l’énergie. L’espagnol même s’il m’est fluide me
coute.

Nous quittons ascension et le Paraguay pour rejoindre le
Nord de l’argentine, normalement pour Salta. Nous laissons nos quelques
guaranis à des jeunes mendiants, vendeurs de bonbecks.

Ma moustache n’est plus, 
Oliviero est beau, mon compte en banque n’a toujours pas retrouvé ses
couleurs, de nouveaux amis dans ce beau monde. Et content de notre passage et
de ce que nous allons y laissé, une  belle image de la France.

Nous sommes heureux.

Normalement les transits, sauf quand ils sont  incontrôlés sont propices à la réflexion. Nous n’allons pas voir le trajet  passé 15 heure de bus et quinze heure de dodo.

Je parle pour moi car normalement je ne dors pas en bus.
J’écris, je lis. Mon compagnon est plus propice à la sieste, ouvrant un œil
quand un arrêt intempestif annonce une pause cigarette. Enfin une pose
demi-cigarette.

La frontière est franchi, somnolent. Presque 3 heures,
pour au final le douanier contrôle ma connaissance du football argentin en
France. On aurait ou oasser un kilo de je ne sais quoi que c’était pareil. Mais
l’objet de l’aventure n’est pas là, bien que certains ragouts des jaloux
racontent.

Nous ne sommes pas que sex drug and reggae dance hall.

Salta, la Linda, j’y étais venu il y a 6 ou 7 ans déjà. Cramponnée au flanc de la
Cordillère des Anges. C’est la première vision que nous avons quant à la
fraicheur du matin glacé nous sortons du bus.

La Cordillère des Andes, un nom qui fait danser comme
tant d’autres et qui ont guidé mes pas sur ce continent. Olivieiro de la Calle
est toujours là, présent, il ne manque pas une seconde du tapis qui se déroule
devant lui. Ces filles sont là dans le fond de son cœur, même s’il en parle
peu. Sa toupie, sa susu, et son alliance ne le quitte jamais. Il a de la
chance. Je n’ai pas eu un message de mes deux parents depuis longtemps, et cela
me rend un peu triste. Mais sans doute doivent-ils être fiers de moi.

Finalement, Salta ne sera qu’une étape pour passer à  Jujuy, qui se prononce avec RURUY , pour ceux à l’esprit un peu déplacé. Les  halls de gare, ressemble aux aéroports, enfin celui-ci car il est neuf comme un
peso. Pas du tout la gare routière ou j’étais arrivée il y a 6 ans de nuit.

Le passage dans l’auberge à Ascencion a musclé
l’espagnol de notre ami. Il prend confiance en lui, et revoit ce qui est
important, les règles fondamentales de la route. Manger, boire , dormir.

Soit en fait, si le bus s’arrête quelques minutes, avant
8 sans s’arrêter. sachant que la pause est de 3 à 6 minutes maximum, que fais
je ? Ben non je n’allume pas une clope, je cherche un bout de biscuit et
une bouteille d’eau pour m’assurer une zone de confort. Si le temps me reste
j’allumerais une tige de huit.

Salta se réveille, nous la laisserons sans y coucher.

Un jeune rasta français nous propose une auberge, on lui
dit en castellan que nous montons à Jujuy, ce qui n’a pas échappé aux oreilles
du maletero qui me chambre devant l’assemblé. Qu’est que tu vas foutre las bas,
ils sont tout petits. Au miracle, il n’est pas plus haut que trois pommes. Tu
parles une langue quand tu peux faire une blague ; vu la réaction de
l’assemblée quand je lui fis la remarque, je peux dire que je parle espagnol.
Du tac au tac.

Le français est mort de rire, celle qui l’accompagne  aussi.

Nous nous laissons porter par la Route, nous remontons
encore au nord. Le soleil se fait plus dur la journée. Le paysage se craquèle,
se ride sous les effets du soleil, du vent, et du manque d’eau.

Nous arrivons à Jujuy .Lucille est française .Elle
e 22 ans. Nous ne l’appelons pas encore la luz , mais cela ne devrait tarder.
Elle est belle la lumiere.4 mois a Buenos aires a étudier je ne sais toujours
quoi. elle sur la route depuis 4 jours, elle remonte seule jusqu’au macchu
picchu.

Vivre sur la route demande d’autres references, mais je
crois qu’ elle apprend vite…

La suite nous dira…nous avons quitté le paraguay.
Flirter un instant avec l’argentine du Nord, nous voilà en Bolivie…

Vous serez bientot si mon argent ma ete rendu, si lucille etait vraiement une lumiere et si nous sommes toujours vivant.

Nous nous laissons porter par la Route, nous remontons encore au nord. Le soleil se fait plus dur la journée. Le paysage se craquèle, se ride sous les effets du soleil, du vent, et du manque d’eau. Salta, Jujuy, le sol est lunaire. Ou martien enfin du moins ce qu’en j’en ai vu par les images de notre télé.

A quoi bon penser ou nous allons puisque nous ne savons pas ce que nous allons y trouver. Ici ou ailleurs n’a plus guère d’importance puisque c’est le présent qui nous importe, nous emporte.

La surprise est totale. Notre regard regarde défilé les étendues de rien. Il est dur de vivre dans ces régions hostiles .L’eau c’est la vie. Les cactus émergent du sol comme des verges. Enfin la symbolique n’est pas très belle mais toutefois c’est bien à cela que nous avons pensé. Nous en rions encore.

Le cactus sera sans doute le dernier organisme vivant sur terre quand nous aurons gaspillé toute l’eau avec nos bains, nos chasses d’eau et nos apéros à base d’anis. Il sera le seul à tirer son épine du jeu. Nous aussi on contribue à ne pas gaspiller l’eau c’est pour cela qu’on boit de la bière ou du vin. Nous sommes de vrais Ecolos.

Je ne sais plus comment elle est venue à nous avec son assurance mal assurée.

Du haut de ces 22ans, sûre d’elle mais pas tant. Ou bien c’est nous qui sommes allés vers elle. Ou alors c’est Oliviero, ou bien non cela doit être moi. En même temps deux clowns dans un bus ne passent pas inaperçu. On devait être un peu moins discrète qu’elle.

Bref au final à jujuy ou plutôt RuRuy, pour les mal pensant nous nous retrouvons à  se manger un morceau. Elle savait où elle voulait aller. Nous moins,  enfin pas du tout. Un village avant la frontière pour finir avec l’Argentine avant la Bolivie. Notre binôme allait s’agrandir pendant une semaine d’une nouvelle fille du vent mais nous ne le savions pas encore. Au final je trouvais l’idée d’aller dans son village un peu à contre temps du respect de la Route. Nous nous arrêterons à Tilcari. Et puis peu importe le flacon pourvu que l’on soit ivre.

 

Sans prétention ni fausse modestie Lucille tient son idée, nous en sommes les acteurs facilitant pour quelques jours. Les guignols de l’aventure. Des guignols du voyage, des marionnettes un peu cassées qui tentent de faire comme si. Pas besoin d’en rajouter, nous montons tous ensemble pour Tilcari, tous sentant qu’une seule va devenir trois et que deux aussi. Sans se l’avouer. Elle a dû commencer à nous prendre pour fou, quand une soudaine envie de pipi me fit arrêter le chauffeur du bus sur le bas-côté pour soulager mon envie. Pas fou, non Lucille, juste que ce continent est à ma mesure, et tout devient possible à qui sait le demander. Le sourire et la politesse si chère à nos parents devient vraiment utile, sans même la peur d’un NON strict et définitif.

Une ou deux blagues au grand-mère du bus qui ont bien sûr pas hésité à se rire de ce pantin pressée par l’envie.

Je suis assis à côté de notre nouvelle amie. Oliviero ne tarde pas à s’endormir ; pas que nous soyons fatigués d’avoir trop fait la fête, non .Mais usé par ces changements de zone de conforts. Les longs trajets vous fournissent le temps pour réfléchir aux jours passées et ceux à venir.

L’éternelle question de savoir si ce qui attend sera à la hauteur de ce qui a été vécu. Eloignée cette question de son esprit revient à vivre le présent sans égratignures ; de profiter de chaque secondes.

Cela épuise, et le ronronnement mécanique rouillé fait l’effet du valium.

Lucille aussi s’assoupit. Je les regarde, je les aime déjà. Mes yeux se plissent par le poids du sommeil, quelques minutes ; peut-être plus. Je récupère si vite, ce qui parfois trouble mes nuits et hante mes rêves. Sur le parebrise le soleil réfléchit le soleil et la chaleur devient presque insupportable car depuis le début les jours de soleil se compte sur le doigt d’une main.

Il est temps d’arriver. Et quand on commence à râler à peine trop ; le bus finit sa manœuvre dans Tilcari.

Elle nous a parlé d’une auberge, la même enseigne que celle où elle a dormi à Salta. Pourquoi pas .En même temps on ne sait pas où aller, on a oublié le routard à Buenos aires. En réalité nous n’en n’avons jamais eu .C’est en marchant que ce fait le chemin. L’idée de passer un peu de temps à trois ensembles parait tabous, chacun continue à projeter son voyage. Mais je crois que dès le début l’envie de partager  était là. Une espèce de feeling mise en sourdine par la pudeur.

Au final et pour pas philosopher nous passerons la semaine ensemble, presque cul et chemise, Laurel et Hardy et la belle au bois dormant.

Laurel et Hardy se retrouvent dans un dortoir d’auberge de jeunesse pour rien, même pas un café en France. Cendrillon est là aussi. Tant l’auberge d’asuncion était un régal de partage, celle-ci en est le paroxysme ; qui vient même bousculer nos idées reçus sur le communautarisme.

Que des argentins universitaires en vacances, dreadeux, anarchistes tatoués, vendeurs de colliers, artistes en tout genre. Musiciens saltimbanques, ils tissent, ils font des flutes avec des bambous sortent des instruments jamais vu auparavant.

Accueillis par Nagüel Kalfügura , indien marqué par la vie. Le manque de couverture sociale lui ont ôté quelques dents. Quelques ratiches aussi perdu dans des bastons qui ont du mal tourné. Ce bourru bonhomme dégage une tendresse qui vous donne presque envie de le serrer entre vos dents.

En fait je pense qu’il pas heureux, il est apaisé. J’ai toujours mes quelques blagues pour détendre l’atmosphère au moment de remplir les formulaires liés à notre logement. Passeport ? Quel passeport, l’argentin ou le français ; parfois je suis agent secret ; parfois je suis trafiquant de drogue recherché par la police paraguayenne. De la vraie merde en barre. Mais je crois que Nagüel se marre encore. Je pense que la drogue, il en connait un rayon. Mais il fait son boulot, avec l’attention d’une dame de maison de la bourgeoisie anglaise. L’auberge est vide de ses occupants saltimbanques. Assis dans le patio intérieur, nous lisons la quantité de proverbe humaniste qui orne les murs blanchis à la chaux. Tenemos differentes madres , pero somos todos hermanos…j’en passe et des meilleures.

Le tavernier passe la pièce avec une exquise délicatesse pour effacer les stigmates de la nuit passée.

Il est chaud le soleil. Je suis bien. Et puis lentement les artistes reviennent et donnent vie à l’auberge. La vie est une pièce de théâtre, et nous en sommes les acteurs. La maison s’anime ; en entrant chacun nous salue chaleureusement. Pas de la main ; ou en regardant ailleurs, non ici on tourne le pas et on vous serre dans les bras juxtaposant une bise sur une joue. Présentation rapide, pas besoin de savoir d’où tu es d’où tu viens et où tu vas. Personne ne s’en souvient ou tous veulent l’oublier ; tous frères. A communauté a des limites. Mais les limites sont imposées par la communauté. Nous partons mangé un morceau en bon communautariste français. Lucille oublie son paquet de clope sur la table ; il n’en restera rien. S’il est sur la table c’est qu’il est au groupe. Leur limite ne sont pas les nôtres, mais comment s’organisent des individus quand les gens qui constituent ce groupe ne sont jamais les même, qu’ils vont et ne reviennent pas. Ils sont sans doute tous des fils du vent.

Je ne retiens aucun prénom, à quoi bon puisque le lendemain, l’ami d’un soir sera parti pour un autre trottoir. Ne vous laissant qu’un empreinte indélébile ; un souvenir. Ils fument tous, mais non pas de clope. Toi si tu en as et que tu veux les partager, tu les poses sur la table ; si tu ne veux pas te faire torpiller tu les laisses dans ta chambre et tu vas t’en griller une quand tu veux. Personne ne viendra t’en demander et celui qui sera sur le pas de la porte te tapera deux trois bouffées. Et chacun trouve sa place car chacun fait ce qui est bon pour lui. La guitare de Choco est dure à suivre. Mais il est vraiment bon.Il fait la route depuis trois ans avec sa guitare. Nous le ferons souffler quelques minutes en faisant notre modeste répertoire, et tout le monde est ravi de nous voir participer à la fête. Nous n’avons pas tout à fait le même look.  Ni plus ni plus. Lucille n’est pas là et nous ne l’avons pas trop vu se mélanger. L’amour à ses raisons que la folie déconne. Je ne pense que son chéri de pianiste uruguayen, un peu jaloux de l’avoir trainé avec deux rigolos de français. Elle passe beaucoup de temps entre téléphone et skype à je ne sais régler quels problèmes d’organisation que la route finira par régler d’elle-même. Nous on est là. Et sans une goutte d’alcool pour rassurer les médisants. Ce n’est pas qu’il n’y en a pas au contraire, nous participons même au pot commun pour acheter du mauvais vin. On doit être 15.des litres de vinasse à faire pâlir les vignerons des Borrels. Un verre pour tous. Cette tradition met en lumière la notion de partage, mais aussi la valeur économique. On a un verre pour 15, on boit quinze fois vite. Normalement ils devraient être 15 fois moins bourrés. Tous sont sobres, sauf un ou deux qui boivent le quinzième des autres .Et ce n’est pas nous. Lucille fait une apparition pour fumer une clope, elle échange quelques mots, personne ne demande pourquoi elle reste dans sa chambre et ne vient pas avec nous pour compartir. Tout le monde s’en moque et chacun fait ce qui veut. On se lève, même pas discrètement pour aller se coucher. En France, lorsque nous quittons une  soirée prématurément c’est sur la pointe des pieds pour ne pas attirer l’attention. La un : « j’ai sommeil bonne nuit à tous » suffit. Plus que la justice, l’amour, la célébrité…..donnez-nous la vérité. Thoreau.

La matinée est organisée, nous nous enfonçons à pied dans la garganta del diablo à la recherche de paysage vierge de végétation et sec comme des abricots. Notre première rencontre avec l’immensité d’un paysage qui ôte tous commentaire. Nous sommes infiniment petits.

Lucille n’est pas très bien équipé, mais elle adore voir le cuir de ces pompes se tanner sur les pierres sèches. Nous on marche, droit devant sans guide ni carte, en même temps on suit un sentier. Et puis se perdre voudrait dire que nous sommes incapables de revenir sur nos pas. Nous sommes dingues mais pas bête.

Le sentiment ressenti dans le trajet sur l’intensité  à venir comparée à la richesse passé prend son sens quand j’écris près de 10 jours après le présent. Le temps se remplit sans même que nous y prêtons attention. Et chaque pas devient une aventure qui mérite une note. La difficulté pour le novice expérimentateur de mots qui se suivent que je suis  est d’arrêter ce temps pour couvrir des pages, et vous le faire partager. Je suis à Cochabamba à ce moment. Et je me suis forcé à poser des lignes et aligner mes maux qui n’en sont plus. L’inspiration vient en soufflant. Ce temps d’écriture est un silence dans la partition de l’orchestre sonne.

Les paysages sont vides. Quelques rencontres sur le chemin. Des cactus, des cactus, et des cactus. Dutronc a du passé par là.

Nous finirons la balade avec Mathias, Argentin sur la Route en voyage avec un pote qui est dans un autre pueblo. Lui est graphiste en free lance, son pote journaliste. Nous nous perdons en souvenir de backpackers ; il nous raccompagne à l’auberge en lui disant à tout à l’heure pour boire un coup. Nous ne le reverrons jamais ou pas.

Notre binôme est devenu un trinôme et l’ambiguïté lié au genre s’en mêle. 

Lucille semble apprécier notre façon de se mouvoir sur ce continent. Elle confesse parfois qu’elle se dit qu’il lui reste des choses à apprendre. Nous nous apprécions sa nature simple et son envie se de simplifier la vie. Elle a l’âge à Clement Marmounier , mon va nu pied de petit frère qui pourra bientôt figurer dans la grande famille des fils du vent.

Pour ceux que cela intéresse et qui ont suivi l’histoire, je n’ai toujours pas récupéré mes 550 euros.Et ma tranquillité me trouble autant que mes camarades de voyage.Peut être parceque j’ai récupéré le téléphone de la señorita de l’agence. Et laissez donc les légendes à ceux qui les vivent et ne pas vous imaginer des idées sogrenues. Il est tard quand je regarde ma montre, presque 4 heures du matin et mes deux compagnons passent du temps à régler des problèmes qui n’ont sont pas. Mais leur zone de confort est loin. L’une doit acheter un billet d’avion pour rentrer à Buenos aires en passant par le pérou et le Macchu Picchu. Aurais-je  assez de temps, se demande t-elle. Prête à acheter un billet pour son chéri qu’elle ne connait que depuis trois mois, pour la maudite somme de 700 euros. Je ne veux pas m’en mêler. L’amour a ses raisons que la raison rend fou. Mais à 5 heures du matin elle n’as toujours rien fait. Oliviero lui s’embourbe dans la recherche de son billet retour pour Buenos aires.De quelle ville, quelle jour, quelle prix. Vivre sur la route, c’est prendre des décisions pour se recréer une zone de confort.A 5 heures je ne peux plus à les voir se rendre malade, leur visage s’est tendu étouffant le plaisir passé à marcher dans la pampa loin de toutes les contraintes de Babylone.

Je dis à Lucille qu’elle devrait se coucher et bien prendre la mesure de ce qu’elle fait, quand à Olive, l’anxieux venu chercher celui qu’il veut être, je lui trouve un billet deux fois moins cher pour le 23 au départ de Santa Cruz, en lui tendant ma carte bleu. En pas plus de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Après on verra, je peux dormir maintenant.il est 5H10.

Je n’ai pas plus de moustache, je n’ai pas mes 550 euros, cela ne m’empêche pas de dormir même si j’envisage de refaire un crochet par Asuncion. Bonne nuit les enfants.

Et forcement au réveil, tout le monde est ravi. Mais fatigué. On oublie les règles essentielles, on confond les fondamentaux, on va acheter des clopes avant de déjeuner, on fait des allers retours inutiles pour partir avant de revenir. Le sommeil a des valeurs qui facilite l’organisation, je comprends pourquoi mon éternel de père me faisait coucher si tôt étant jeune.

Lucille a mal aux jambes. Elle ne sait pas si elle va venir avec nous découvrir la Montagne aux sept couleurs dans le village voisin. Quelques empenadas régulent notre manque d’organisation et passant par la cuisine pour me rendre aux toilettes, ce qui est logique, je demande à participer à la fabrication de ce fameux plat typique. J’aime à me donner au spectacle de l’échange. Je le fais avec plus de justesse. Et c’est dans les yeux de la Luz entraperçu sur la vidéo que je me dis que je suis sur la Bonne voie, celle que chacun cherche la même que mon ami de frère d’oliviero. Être celui que l’on veut, pour soi et pour les autres. Sans fausse note.

Après quelques pas, Lucille a appris la leçon de la veille. Vivre le présent c’est aussi envisager demain. Avec un peu de retenu. Elle ne pressent pas de ses forces, et nous abandonne à notre rando .

Elle apprend vite. Un bébé de la Route qui avec humilité devient un citoyen du monde.

Elle va passer sa journée à faire je ne sais quoi, nous nous arpentons le chemin ; la marche est bon pour l’esprit. Des écrivains voyageurs comme Tesson, ou Thoreau ont utilisé la Marche comme psychothérapie. Seul en tête à tête avec soi-même, le vide du monde vous tape au crâne et vous plonge dans vos pensées frénétiques ou une idée vient en chasser une autre. On se projette, on regrette et on fuit, on se demande comment rattraper ce que nous avons loupé ou refaire ce qui nous a épanoui. Les pas s’enchainent et les idées qui caracolent et s’agglutinent dans l’esprit agissent en analgésique. On a plu mal au jambe ; on veut juste grimper plus haut. Pour voir ce qu’il y a sur la colline.

Deux légendes construites sur des faux semblants sont à bannir aujourd’hui :

Oliviero est un sportif, même à ce qu’en pense certain. Car là où nous sommes passé 0 4000m d’altitude, l’oxygène se raréfiant, j’en connais qu’y on crachait leur poumon pour moins que cela, et sans avoir jamais fumé une cigarette.

Oliviero mange comme pas deux, il est impossible pour lui de sauter un repas ; Son estomac est réglé comme une pendule suisse, 3 fois par jour. Et avec un appétit à faire pâlir les mangeurs de hot dog américain. Drôle de comparaison mais je vois ce que je veux dire.

Effréné, sans retenue nous arpentons les sentiers caillouteux comme les pénitents, comme si chaque effort vers les cimes lavaient nos pêchés. La Marche est un excellent remède contre l’anxiété ; aller marcher dans votre quartier la nuit alors que vous ne pouvez pas dormir, vous verrez comme l’environnement vous semble différent ; tout est calme, reposé. L’antidépresseur devient obsolète. Votre corps se fatigue et votre esprit s’illumine ; si cela deviens une habitude vous ne verrez plus les kilomètres, marcher sans penser au retour ; car dans une ballade la moitié du temps est passé à rebrousser chemin. Pour rentrer ne jamais prendre le même chemin pour garder l’impression d’avancer à en rentrant chez soi. (Inspiré de De la Marche ; Thoreau)

En pleine confiance, nous décidons de rentrer à pied jusqu’à l’auberge ; plus de 25 kilomètres ; enfin nous décidons de faire du stop, la nuit tombe.

Et bien dans ce coin-là de l’argentine cela ne marche pas super bien, on a marché marché, le froid a commencé à nous gelé le cul et le reste aussi. Oui parce que la caractéristique de ce climat c’est l’amplitude thermique. 25 et 30 degrés la journée, dès que le soleil disparait on  passe entre 0 et 10.

Je comprends pas pourquoi, mais j’apprécie assez. Enfin le pousse glacé, dans la vallée qui s’assombrit, j’apprécie moyen ; et Oliviero encore moins. Il a faim.

Nous marchons et cela plus le même effet sur notre thérapie de malade imaginaire. Les pensées s’assombrissent avec le jour. Je m’étonne assez car je reste avançant au demeurant. Sans angoisse, ni mauvaise pensée, peut-être parce que je suis guéri ou parce que je vais mieux. Ou parce que je n’ai pas faim. Au bout de la Route, un autre auto-stoppeur tente sa chance, mais sa veste orange me dit quelque chose, je l’ai déjà vu, et puis normalement c’est moi qui porte ce genre de veste c’est pour cela que je l’ai remarqué hier.

Les gens aime les couleurs flamboyantes  pas ceux qui les porte.

C’est Mathias…la vie n’offre pas de répit aux émotions quand on s’est la vivre. Nous ne sommes même pas étonné à se retrouver là sur une  route ou passe deux voiture à la demi-heure à la tombée de la nuit. On a un peu bavé sur celle qui ne s’arrêtait pas. En même temps, on ne fait pas envie. Nos douches se sont espacées depuis que nous sommes arrivés à l’auberge, qui ressemble à la maison de Tyler Durden dans ses délires schizophréniques.

Mathias est une rencontre. Nous marchons ensemble pousse levé. Il est venu nous chercher hier après notre première rencontre, à l’hôtel, dans les restaurants. Nous l’avions oublié.

Nous reparlons de cette fameuse zone de confort. Qui pour lui comme pour nous s’agrandit et nos peurs s’estompent. Le problème majeur c’est que cette zone de confort tend à se réduire alors que le monde s’ouvre aux autres par le biais des moyens de communications. Nous nous éloignons les uns des autres tout en se rapprochant. Nous ouvrons des fenêtres avec des volets fermés derrières.

Ma zone de confort n’est plus le Pont du las, ou L’aire Toulonnaise, ou même la France…c’est un continent. Peur de quoi ? Demander à un paraguayen ce qu’il pense du brésil. Dangereux dira-t-il. A un brésilien d’un paraguayen : « dangereux » répondra-il. Il ne sait pas. Il a peur.

Et vous vous pensez quoi de sainte Musse, les œillets, vous savez ce quartier que vous longer pour aller à la Garonne quand vous habitez la Valette. Dangereux, ou y êtes-vous déjà allé pour voir.

Maintenir les gens dans la peur, permet de les contrôler. Les monter les uns contre les autres est la pire chose qu’est construite notre démocratie libérale. La solution est en chacun de nous.

 

Je reprends le récit. Je suis seul et les jours ont défilés. Presque 20 aurores  passées en Bolivie. Alors que pour vous  lecteur je n’y suis même pas rentré. Le temps bien qu’il soit une notion subjective fond comme la bougie. La lanterne du berger porté sur l’épaule au bout de son bâton éclaire derrière lui. Nous vivons en regardant devant. Toutefois l’envie d’écrire sans prétention ni fausse modestie me démange. Dans la vraie vie, j’ai trop de temps et pas assez de chose à raconter, ici c’est l’inverse.

Oliviero de la Calle est rentré, l’âme en peine, la Terre entière peut le maudire, il lui reste son MAUX à Dire. Le cul posé dans mon lit à Arequipa (Pérou), jour de fête nationale est le moment. Trop de chose se sont passées, et sans couvrir les pages de mots, je n’arrive pas à suivre le voyage de l’intérieur. Je le regarde, un peu spectateur. Le plafond est décrépit, mais c’est propre et ça sent la lavande. Casque vissé aux oreilles, je m’isole pour prendre la plume. Et je dois laisser aller mes émotions qui conduisent mes doigts. Il est difficile de se mettre à nuit à la lumière des autres.

Je n’ai toujours plus de moustache, mon argent ne m’a pas été rendu,  sur cette route d’Argentine le froid devient une préoccupation, un instinct de survie. Après le spectacle de la colline aux sept couleurs, à ce moment précis il s’est passé quelque chose. Tout aurait dû me filer entre les mains et perdre la richesse du présent altéré par ces petits désagréments. Je me suis laissé aller, dans un total oubli de moi-même. Envahie par la nuit le silence et la plénitude, j’avais trouvé la liberté. Perdre tout espoir, c’était cela la liberté. Même les enfants ne sont pas si heureux. Et la chance ne sourit pas à ceux qui lui font la gueule. Le bus que nous aurions dû prendre se dessine dans le lointain. Nous ne sommes pas vraiment à un arrêt, mais qu’importe c’est l’Amérique du sud. A notre élan à monter dans cet arche sur roue nous mesurons au combien nous en avions assez de marcher .Nous en oublions Mathias, qui lui décide de continuer pousse en l’air. Chacun sa Route, la mienne c’est celle où je me sens bien. Et je le trouve très courageux. Nous nous félicitons presque d’avoir été humble et d’être monté sans réfléchir.

A peine une demi-heure plus tard, ce qui aurait représenté une belle marche, nous retrouvons Lucille sur la Place centrale échangeant quelques tafs avec nos voisins de chambre de cette auberge aux milles rencontres. Cela me vaut quelques taquineries d’une belle argentine dont j’ai oublié le nom ou presque. Le temps d’enfiler un pantalon, et une veste de plus, notre trinôme s’est reconstruit ; Lucille luit. Elle est belle ; elle se rejoint à nous pour diner, quand dans l’encadrement de la porte apparait notre Mathias beau comme une estafette. Binôme, trinôme, quadrupède. Je le soupçonne d’avoir quelques regards évasifs sur la Luz. Je reste quand même Jérém Marmounier, et j’ai quelques notions en matière de séductions, même si la plupart du temps cela ne fait qu’alimenter les ragots des jaloux.

Quelques bières, Esteban Pireyre Nicolas, fils du vent, pourrait vous décrire le menu. Poulet fri. Quand t’as failli marcher 4 heures dans le froid tu t’aventure pas à gouter un met local. Tu tapes dans du solide, ou une bonne milanaise de poulet. Je me souviens toutefois avoir gouté du lama un de ces soirs, et bien c’est pas mal du tout. Non, poulet frites ! Une petite discussion avec un ancien des malawins m’explique cette dernière guerre qui opposa dans les années 80, l’argentine au colonisant de sa Majesté. Margaret voulait garder un œil sur ces îles point stratégiques aux antipodes du monde. C’est quand il me montre son pectoral droit tatoué des deux iles enlacées dans le drapeau argentin que je comprends le traumatisme. Je comprends aussi Diego Maradona. Le Génie du football qui en 1986 contre cette même Angleterre rendra à tout un peuple sa fierté d’une main céleste. La main de Dieu. Il ne faut pas oublier non plus que durant cette rencontre il inscrira le plus beau but de l’Histoire du Foot, poussé par un peuple, une Patrie, fière et libre.

Les Anglais n’ont pu que capituler.

Au final ces îles sont anglaises ou argentines aujourd’hui ?

La réponse cingle. Argentine, usurpées par l’Angleterre. Alors nous sommes encore au temps de la colonisation.

Nous rentrons. L’auberge s’organise pour sortir ; cela me vaut encore quelques remarques de la Belle Argentine. Aucun des trois n’est partant pour une virée. Mes deux compagnons sont presque déjà couchés. Je fume quelques clopes, il n’a rien fallu pour que je me retrouve en vadrouille. Lucille cherche toujours un billet, elle a décidé de ne plus acheter celui de son pianiste. Il est tard. Olive ne dort que d’un œil, nous surveille-t-il. Prétexte ou pas je m’installe près d’elle allongé pour lui trouver un billet. Et oui, et bien non amis de la censure. Je ne trouverais pas de billet moins cher, et je dormirais dans le lit d’en face, sans même avoir pensé une seconde à quoi que ce soit. Je crois qu’il faudrait me lâcher avec cela.

La pudeur de la rencontre s’est estompée, et notre voyage s’organise à trois. Pas besoin de se concerter puisque nous allons au même endroit, pourquoi ne pas continuer ensemble. Les routes se sépareront naturellement.

En fait au réveil, le temps d’embrasser tout le monde, les dreadeux, les tatoués, les musiciens, la Belle Argentine, Nawell…Choco de la madre émerge d’une nuit un peu arrosé, il me lance entre deux bâillements : « vous allez en Bolivie » ?

Oui. Je viens avec vous. Comme s’il venait de décider cela en se levant. Si les Fils du vent qui sont des prouts avaient un chef, ce serait Choco de la Madre. C’est UN leader naturel qui avec deux blagues fédèrent, donnent de la confiance du bonheur ; un lam et un sol qui font chanter tout un cœur.et disparait tel un arlequin. Nous sommes tous latinos américano.

C’est trois guitares, trois gitans, une princesse qui quittent ensemble l’Argentine pour la Bolivie. Rien ne devait rassembler ces destins étriqués. La Route les a rassemblés. Pas de mot qui ne servent à rien. Pas de pompeuse description de nos vies et le présent reprend sa place. Choco a ses comportements de voyageurs, des sourires, des mots gentils pour chacune des personnes croisées sur le chemin. Un douanier, une vendeuse de ticket de bus, de bouteilles d’eau et nous .Des règles simples qu’il nous énumère avant de traverser la frontière, voyager sans drogue et de jour. Comme pour nous dire sans nous l’avouer, on ne se connait guère et je ne veux pas d’emmerde. Le reste appartient à aujourd’hui. Nous rentrons en Bolivie, et nous sommes le 6 juillet 2013, pour moi c’est un nouveau pays qui s’offre à mes pas, en échangeant quelques mots avec un professeur des écoles, à l’ancienne, paternaliste mais pas trop attendri par cette troupe de saltimbanque vivant de rencontres et d’eau fraiche, puisque le ricard ne court pas les bars sur ce continent.

20 jours plus tard je quitte la Bolivie sans mon éternel frère de mots et de pensées, que la vie a menés sur des chemins différents, l’un voulant ce que l’autre a ou inversement ce qui revient aux autres et aux mêmes. La Bolivie concocte ses surprises que seul ce continent réserve, Choco de la Madre a sauté dans un bus pour la Paz, sans oublier de nous éteindre fortement. Ici on se dit au revoir pas adieu. Le hasard rapproche les routes de ceux qui cheminent, pour lui nous nous reverrons, et moi j’y pense déjà. Si j’’étais pas moi et dieu sait combien je m’aime je serais lui, enfin j’aimerais avoir ce qu’il a, c’est-à-dire pas grand-chose. Il n’a pas l’air d’en souffrir, et au contraire.

Mes amis attendent sur un bout de trottoir, j’interpelle un micro bus pas trop cher pour Tupiza, avec un beau poulet frit éternel que nous partagerons avec nos colocataires de transit, ravi de manger avec des européens. L’arrivée en à Tupiza est un peu flou, presque éparpillé. Luz se lance dans la fastidieuse conquête d’un hôtel barato et avec internet, s’il vous plait. Cela dure un peu longtemps pour moi et même pour Olivieiro, un lit est un lit…apres le reste nous on s’en cogne le coquillard , nous voulons nous poser, pas savoir si l’hôtel est le moins cher ou proposant le meilleur rapport qualité prix. Et logiquement quand on cherche l’imposture du bien pas cher on finit par rencontrer le pire. L’auberge élue est celle d’un portugais, bien en place qui a monté sa grosse affaire, et ne jure désormais que par l’idée de nous vendre un Tour, je passe  un peu de temps à nous enregistrer avec son fils de 10ans qui ne sait plus si je suis vraiment touriste, exilé politique, espion ou simplement un menteur. Au regard qu’il jette à son papa de portugais je vois qu’il est désarçonné au point qu’il oubliera de nous faire payer. A trop vouloir jouer avec l’argent on finit par en perdre. L’accueil s’est désintégré quand nous avons refusé le tour dans le salar à 90 euros…

Au soir, nous apprécions sa terrasse dans la le couchant, la musique n’a pas de frontière comme les cœurs et le cœur d’oliviero est gros comme cela. Je me souviens ces soirées ou il jouait trop haut ou trop fort sur le continent, à presque vous ôtez l’envie de l’écouter ; vous ne parliez plus , presque abruti par tant de dissonance, pas musicale mais de comportement.

Et bien ici sur cette terrasse tout résonne dans le cœur du monde et des hommes. Il ne joue pas bien il joue avec lui-même, presque inconscient. Sa musique résonne dans toute la Bolivie, toute l’Amérique du sud, dans le ciel qui s’assombrit et laisse place aux étoiles, aux bonnes étoiles qui nous guide. Il ne joue pas pour nous. Il joue pour lui. Il ne joue pas pour nous plaire, mais pour se plaire. Et la timidité lui va si bien. Je soupçonne, Luz qui s’est accoudée au parapet de se voir glisser une larme. Elle respire nos vies nous partageons la nôtre. Et Olive parce que à ce moment c’est Olive qui chante pas oliviero de la calle partage son talent, ses chansons antes  coincées dans sa guitare anime la nuit. Il ne nous manque rien, un peu de sommeil. Et moi je rêve, pas ce rêve celui ou c’est que je tombe, dans un précipice incontrôlé de mon destin ;  non ce rêve de vivre ma vie. Je ne pleure pas. J’aurais pu, mais mon âme s’est asséchée. Je me demande si c’est une conséquence néfaste pour mon bien être psychosomatique. Foutaise, tu ne pleures pas parce que tas pas envie. Et à trop vouloir se questionner on finit par trouver des réponses. Et tu te retrouves des fois plus emmerdé qu’avec tes questions car tu te demanderas si c’était les bonnes questions et donc les bonnes réponses. Finalement t’as pas avancé d’un centimètre dans un sens ou dans l’autre.et toi-même tu te plonges dans un profond spleen qui lui empêche chialer al vie .Et après…nous irons nous coucher.

Quant au matin ou nous avons décidé de quitter l’auberge, il ne sait avec toutes mes conneries si j’ai réglé. Bien sûr que j’ai réglé plutôt deux fois qu’une, je prends un malin plaisir à escroquer les voleurs. Il nous saluera à peine, Luz elle a bien payé et décide de partir pour d’autres aventures, seules, confiante sur ces prédispositions à faire la route. Elle passera la journée avec nous allant venant en ville son sac dans notre chambre, mais elle n’a pas les clés…du vitriol. Je ne sais pas ce qu’elle a fait mais elle a dû correctement se faire chier je crois. Nous avons profité pour retrouver nos marchés agités ou se côtoient étal de viande, de fruits, comedor populaire. Notre église, la Rue, les Gens. Je suis toujours interloqué par le nombre de touriste qui voyage et le peu que je rencontre dans ce genre d’endroit, mais que font-ils de leur journée quand ils n’ont pas leur tour organisé. C’est un mystère et je m’en fou, leur présence comme leur absence  ne me dérange pas. Nous goutons à tout au grand beurk de mon compagnon, de la gélatine colorée surmontée de chantilly, jus de banane type Milk shake, décoction, plutôt fermentation de Maïs ; assis sur un bout de trottoir avec une aspirante guide qui nous conseilleras l’agence d’Alejandro pour notre épopée hippique. Les meilleurs guides du monde sont les locaux pas le routard ou le lonely, mais je l’ai peut-être déjà dit, mais comme je ne relis rien de ce que j’écris sinon j’efface trop honteux.

Nous changeons d’hôte pour un hôtel qui rentre dans le classement des hôtels les plus rudimentaires du classement des hôtels les plus rudimentaires, et tout change, l’accueil est agréable, instinctif absolument pas aliéné par l’afflux touristique. La luz disparait dans le soir, les au revoir sont un peu trop surfait et très français, pudique, alors que nous nous sommes aimés tous les trois. Elle avait besoin de déployer ses ailes et certainement qu’à notre contact elle ne pouvait mettre à pied d’œuvre son plan celui d’être une baroudeuse solitaire, nous faisions trop de lumière la plongeant dans une demi obscurité.

Nous nous en retournons à boire un verre, ou notre voisin de table nous regarde interloqué comme si il avait vu un fantôme. Comment est-ce possible se demande-t-il sans doute puisque en croisant son regard nous nous sommes reconnus. L’instituteur paternaliste de la frontière bolivienne est la se sirotant une bière je crois mais je ne me souviens pas de tout. Quelle est l’équation mathématique qui pourrait expliquer cet heureux hasard. Les possibilités de m’assoir dans ce restaurant sont infimes, nous aurions pu nous arrêter en face et lui aussi. Ou une autre plus tôt et lui plus tard. La probabilité, le nombre de facteur X inconnu qui organise  la possibilité de nous retrouver est incalculable pour un mathématicien. Nous étions là, lui aussi et les sourires amusés de l’inconditionnelle bienveillance du hasard résous l’équation. C’est ainsi, un point c’est tout. Parfois il ne faut pas trop chercher à comprendre. A expliquer l’inexplicable on finit par s’oublier.

Nous retrouvons donc nos petites habitudes de couples puisque le trinôme s’est dissout dans une gare en Bolivie.

Nous partons chevaucher les déserts arides avec un jeune écuyer de 17 ans, il est plutôt ravi de partager sa matinée avec nous, lui proposant feuilles de coca, eau et moultes confiseries que nous avions dans nos besaces de chevaliers. Une vraie habitude que de monter à cheval sur ce continent comme un rituel. Initié par Hernan Santiago il y a presque 10 ans, 1à ans de chevalerie 5 ans d’hôpital psychiatrique, qui vient ici se fondre parmi les cactus pour échapper à toutes les polices du monde, pour trafic d’œufs de mouches préhistoriques. Quand je lui propose de lui acheter les chevaux, pour retourner en Argentine, il ne sait plus très bien si c’est du lard et du cochon ; son rire interrogatif traduit  sa gêne de voir la réalité rejoindre mes histoires rocambolesques, ou plutôt mes conneries. Je sais maintenant pourquoi j’étais un animateur socioculturel habile, je peux inventer un nombre incalculables d’affabulations, qui réciter avec un aplomb peuvent devenir possible dans l’inconscient. Un mensonge répété 5000 fois ne peut-il pas devenir une vérité. Son ami guide rencontré sur le chemin doit l’envier un peu, il a l’air de s’emmerder avec sa touriste, du reste sympathique qui ne décoche pas un mot d’espagnol de son carquois. Nous avions pour deux il y en aura bien pour 4, non ?

Nos vérité sur l’hygiène se révise, la douche devient optionnelle, nous ne sommes pas sales , nous sommes beaux. Je me lave encore les dents, mais si l’on compare le nombre de metaux lourds qui constitue nos dentifrices cela pourrait nous faire changer d’avis.

Sur le bout d’un trottoir, je me change, et je vis avec ce vieux survet taché de javel, de peinture blanche stigmate de la rénovation de mes apparts. Mon sweat a capuche ne vaut guère mieux, et j e me sens bien dans ces tenus de pauvre mièvre. Jamais au grand jamais je n’vais fait cela à La valette du var, m’aurait ton considère autrement. Regarde comme il se laisse aller. Qu’aurais pensé les collègues de boulot d’un papa fonctionnaire, cela ne m’aurait-il pas valu quelques remarques .Nous vivons dans la prison du jugement des autres, enfin je parle pour moi. Mais c’est aussi la personne que je connais le mieux. Enfin je le croyais. Donc sur ce bout de trottoir ,qui est en réalité un quai de gare puisque nous prenons le train je fais ma petite popotte , change un short pour un survet, un teeshirt pour un sweat , un peu de deo, une bouteille d’eau en cas de soif , quelques biscuit en cas de faim. Les règles élémentaires de survie. Et un bon duvet …le reste est en soute. En fait ce qui est superflux est en soute alors pourquoi je m’embête avec ce gros bardat, qui dans la moyenne des voyageurs, plutôt mince .Je reste un minimaliste, toutefois  sur les 5 tee shirt emmenés, j’ai du en utilise deux…un short et un pantalon…La paire de chaussure est unique elle sert à tous, rando, pantoufles, claquettes, chaussure de soirée, mocassin à gland. Même en voyage au bout de la terre la moitié des choses que je possède ne me servent à rien ; je transporte juste une idée subjective : le confort. Et bien évidemment cette peur irrémédiable du manque, et si cela me manquait à un  instant. Justement à l’ instant où j’en aurais le plus besoin. Mais sincèrement en voyage t’as besoin de quoi à part ta mastercard, robert. Et vous savez quoi à ce jour j’ai toujours ces deux kilos d’affaire qui ne me servent à rien, au cas où j’en aurais besoin et je sur non de dieu qu’elles rentreront en France, que jusqu’à Bogota elles ne m’auront jamais servi,  pas plus qu’à mon retour dans les vignes de mon Ami miguel de la Serna. Promis demain je les éjecte au premier mendiant venu.

En tout cas la senorita Florentin, vous savez la jeune femme de l’agence au Paraguay m’a rendu l’intégralité de mes 550 euros. La en effet on parle de choses utiles.

Les trains sont comme les bus, à l’image du continent, tu n’es pas sur de partir, tu es sur d’arriver mais tu ne sais pas quand. Le continent de l’éternel avenir. Rien ne fonctionne du premier coup mais tout finit par s’arranger, faut juste pas être trop pressé.et c’est bien la seule chose que je veux m’imposer aujourd’hui avoir le temps.

Avant de monter dans le train des milles odeurs, nous repassons saluer notre vieille dame du marché central, qui nous fait gouter quelques décoctions de fruit. Elle s’assoit, elle ressemble à Mémé des Poules mon arrière-grand-mère. Elle vient la depuis 70 ans. Sa peau agrippé au temps nous laisse voir sa vie, rude, amère. Elle manque de s’effondrer quand elle nous dit se sentir seule, son  raté de fils ne faisant que boire ou picoler. Elle nous fait la promesse d’être la si nous revenons, si elle n’est pas morte, mais elle ne plaisante. Qui sera là pour la pleurer quand elle va s’éteindre. Il est dur pour l’âme de lui affliger tant de pirouettes.  Attends-je réfléchis à ce que j’écris. Non il est dur de se voir infliger tant de pirouettes. Joie, craintes, peurs, projets, bonheurs ; passé et présent. Nous écoutons les autres et c’est à nous que nous répondons.

Odeur âcre, promiscuité haletante, ce n’est pas la première classe du tgv qui me monte à Paris pour voir la finale du rct. Pas non plus Dachau, non c’est pas du tout Dachau, pauvre imbécile on va tomber dans le Dieudonné graveleux et cynique.

Je me souviens plus bien de ce voyage j’ai dû dormir comme un lama. Lui Olive ne se pose pas la question il dort toujours comme un lama , un troupeau de lama.Je me souviens avoir eu de l’aérophagie mais c’est un détail dont tout le monde se serait bien passé, enfin surtout mes voisins de trajet. L’obscurité devient un bel alibi. Et l’odeur du train couvre mes errances. Bref j’avais mal au bide.

Mais bien moins mal au bide que froid quand nous arrivons à Uyuni. Cette transition est puante, mais bon j’ai dit que je ne relisais pas.

Nous sommes en dessous de zéro, et la veste Millet offerte  pour mon 18 ieme anniversaire fait encore son job, même si elle fut la risée de pas mal de mes compagnons de saison à Flaine.

32 ans – 18 ans : 14 ans. Achetez Français ! Et comme par hasard au moment où j’en avais le plus besoin, elle était là. Le thermomètre indique 5 degrés, moins 5 degrés exactement. La ville est agité et  nous rions à nous dire, tout ça pour nous , non il fallait pas nous voulions une arrivée dans la plus stricte intimité. La ville est dans la Rue, la musique bat son plein sur une scène live. Le guitariste a dû perdre quelques doigts. Et nous avons failli dormir dehors. Anniversaire de la ville, les hôtels sont pleins. Et le thermomètre chute. Il faut se regrouper faire le bon choix, pas celui du wifi ou de la douche chaude, non celui d’un lit entre quatre murs. Un hôtel, deux trois…oulalalalala ça ne sent pas bon pas bon du tout, pire que dans le train. Promis dernière allusion perfide.

Que ferais Papa, que ferais Hernan Santiago, Que ferais Maxime de Maxichose…qu’est que je ferais moi ? Apres ce conciliabule avec mes ainés dans le coin de ma tête, je fais ce que non pas fait les autres. Je marche en direction de rien, loin de l’agitation, en sortant du train tout le monde a du se réfugier dans les premières auberges. Quelques cuadras plus loin, la musique se fait entendre et le froid se fait sentir. Plus sec, encore plus froid qu’il n’y parait sans doute dû à l’incertitude de notre nuit. Les lumières de la ville se teint en obscur dans ce quartier, et les rues sont à  demi désertiques errent quelques chiens et quelques poivrots qui urinent ensembles. La est notre salut aller dormir ou les autres n’ont pas pensé, voir pas eu le courage.

Il est minuit passé et le non-respect des règles fondamentales du voyageur énoncé précédemment nous pete à la gueule. Une chambre, il lui reste une chambre…

Parfois cela ne se joue à rien. Bien entendu dormir dehors ne nous aurais pas tué, mais cela aurait laissé un autre souvenir dans nos récits. Je revois ces quatre cinq autres voyageurs chassé la chambre d’hôtel, je leur souhaite avoir eu notre chance ou notre instinct, selon si l’on croit en nos choix ou dans le destin tracé.

Peu importe car il fait toujours mieux dedans que dehors. Et cela n’est pas vrai pour tous les registres. Et la faim nous tiraille, nous n’avions pas mangé et dans la survie il vaut mieux avoir faim une nuit que froid tout un soir. Alors sur la pointe des pieds je propose au gardien de ressortir manger un morceau, en fait c’est aussi une bonne excuse pour retrouver la fête.

Il se fera d’abord hésitant puis  inflexible. 30 minutes, avec un por favor de tous les diables qui attendrirait  un tueur mexicain. Je crois qu’on lui doit bien cela. Et la route apprend l’humilité. Maintenant que nous avons trouvé à dormir au chaud nous n’allons pas faire un caprice pour aller se geler toute la nuit dehors sous peine de se voir la porte de l’hôtel fermer jusqu’ au matin par un gardien récalcitrant. Faut pas être con non plus. Les deux verres de je ne sais quoi la séance photo et le sandwich avalé dans la première guérite sont rythmés par la montre   d’olive. Ce même Olive plein d’excès se fait tout doux, et lisse d’exubérance. Nous respectons  l’instant même si nous avons un peu râlé tout de même, pas déçu que nous retournons à l’hôtel,  fier de rentrer à l’heure comme un ado. Les 5 étages qui nous ramènent à Morphée est notre dernier supplice mais à 4000 mètres d’altitudes …cela parait bien normal, la douceur de la nuit dans des couvertures moelleuses est divines. Je regarde une dernière fois les étoiles , la grande ours à la tête en bas, sans doute une question d’hémisphère.

Nous reprenons nos activités communes , badeau, contemplatifs, accoudés à un comptoir nous regardons les défilés militaires moins bien orchestrés qu’un spectacle à l’accueil de loisirs  saint do. Flo et Sandy doivent en rire. La musique est française un medley de Mylène Farmer, jean jacques Goldman et la rue Kétanou. Irréel au milieu de la Bolivie.

Les photographes de la Plage du Lavandou n’ont qu’à bien se tenir. La photo souvenir fait un carton ici. On prend la photo avec un canon d’un autre âge, on sort la carte mémoire on l’insère dasn un boitier imprimante à 500 dollar et on imprime en direct. Le tout en deux minutes. Cela me rappelle à mon expérience de photographe filmeurs l’été dernier.

J’en ai vraiment fait un tas de truc avant de savoir que ce que je voulais c’était faire du chemin et l’écrire. Dans la même année dernière, j’ai retapé mon appart, Parti au Pérou, fais le manœuvre sur les chantiers parisiens, géré une cuisine en saison, ma copine m’a quitté, fait des photos sur la plage, diriger des formations de jeunes adultes animateurs…j’en passe et dans le désordre ; dans l’année qui a suivi, ébourgeonné dans le vignoble  chez miguel de la serna, récupéré et  mis mon appart en vente, embrassé Maman que j’aime temps , mes amis, ma nièce, enterré mon grand-père avec tout un clan Marmounier…

Apres tout cela, il faut bien un peu de repos. Et c’est toutes ces expériences les unes mise avec les autres qui me permettent d’y voir un peu clair ou pas trop flou.

Une dame à la tenue coloré de sa communauté me tape sur l’épaule. Enfin elle me demande de descendre de l’échelle sur laquelle je m’étais perché pour tirer quelques clichés. Elle pensait que je lui volais à elle et à ces amis des photos sur mon piédestal. Rien à voir avec la légende du vol de l’âme et blablblabla…Je les avais à peine remarqué, et puis si je veux prendre une photo folklore je demande et j’ai bien assez de blague dans mon sac pour agrippé une personne et la faire poser à mes côtes le pouce en l’air. Mon espagnol est fluide et régulier pour dissiper tout malentendu qui aplanit son ton inquisiteur. Si tu veux une photo tu me demandes. Mais je ne veux pas de photos.

En fait ce qui la dérangeait le plus, c’est qu’il était en train de se pinarder à la bière en plein après-midi en habit traditionnel.et cela fait très mauvais genre. Le regard des autres existe sur toute la planète. Tout est très vite arrangé, on nous offre deux bières, je nous fias passé pour des reporters sans frontières et nous voilà inviter à la communauté par sa présidente. C’était juste pour lever le doute sur mes actions, car oui j’ai bien du voler quelques photos.

On dit que tu parles une langue quand tu peux l’utiliser pour faire rire, c’est vraie aussi qu’en tu sais t’en servir  pour mentir. Mensonges pas tout à fait les clichés sont déguelasses. Et je n’en voulais pas vraiment.

Comme les beatles le disent Le salar d’uyuni is love ta ta ta ta ta est organisé. Alors on veut une nuit deux jours gravir un volcan mais on ne veut pas de groupes et pas de guide. Chiant les touristes, Katie la sorcière va nous faire un truc sur mesure. Un départ avec un groupe, on nous laisse au milieu du salar dans une communauté, le groupe lui rentre,  on dort, le lendemain on monte le volcan et  un autre groupe vient nous chercher. La théorie devrait ressembler à cette description. Mais sur le coup j’vais rien mais alors rien compris, j’ai acquiescé de la tête pour dire c’est ok.

C’est encore la fête à uyuni, le ballet militaire plus ou moins orchestré laisse place à la débauche du peuple. C’est fou ce que les gens se mettent la race ici, homme femmes sans distinction. On boit pour boire. Nous on boit pour être ivre, mais psychologiquement c’est sans doute identique. Mais au final on est jamais minable comme lorsqu’ ils se présentent à nous quand nous entrons dans la soirée ou katie la sorcière nous a convié. C’est la soirée des agents du tourisme d’uyuni. Mais il n’y a pas vraiment de touristes, enfin si y a nous. Il est 18 heures. La musique hurle à ne pas s’entendre roter et notre entrée fait forte impression, j’ai cru qu’il allait éteindre la musique soit pour nous faire une ovation soit pour nous foutre dehors. Chacun vient à nous de sa réplique balbutiante de houblons,  de sa main tendu hésitante d’alcool. Katie, nous aperçois dans la cohue. Elle est saine et sauve de beuverie. Nous sommes plutôt fiers d’être invité par la seule qui tient debout. Son chef d’oncle Tito qui donne nom à l’agence à la plus renommé d’uyuni est carbonisé. Il nous étreint comme ses gosses. Nous parle son meilleur espagnol bourré, la musique assourdit tout, mais pas les postillons qui échappent de sa bouche quand il élucubre quelques mots. Katie jouie de ses invités qui attire la convoitise, celle est qui a ramené ici ces deux hurluberlus. On nous parle sans cesse, et on ne comprend rien. J’ai un espagnol fluide, mais j’ai un autre petit avantage sur mon compagnon j’ai l’espagnol du geste celui qui rend invisible. Ne pas rester figé, ne pas répondre sourire bêtement comme une pouf dans une soirée mondaine parisienne qui est là mais à qui personne ne parle. Je finis par m’accouder à un poteau, seul en dégustant ma bière l’œil amusé de mon compère qui se démêle avec 10 entretiens différents, quand je le revois me taper sur l’épaule : 

« qu’est tu fou enculé je galère, ils sont tous bourrés ! »

Ok, j’arrive. Mise  en place du second plan, le pas de danse. Tu oublies toutes hontes et je n’ai pas trop honte quand je danse. Tu te mets au milieu de la scène, bien en vue de tous et  de toute tu sors ta gueule de Marmounier, bien assuré. Tu continues à sourire, tu te régales, tu profites de tous mais tu ne passes pas ta soirée à décrypter les beuglements de chacun. Oliviero voit son espagnol progressé mais son langage du corps, de la situation lui fait default. A-t-il envie de faire partager son expérience de voyageur, ou est-ce un péché d’orgueil ou les deux. Je ne suis pas certain que ce soit le moment de tester son lexique castillan. Il est en grande étreinte avec Tito.

Et moi je l’ai vu arrivé avec ses petits pas mal assurés, en robe traditionnelle, les tresses brunes arrangeant sa tignasse mal peignée. Je l’avais bien cherché. Il y a toujours un revers à la médaille. Mais en sommes, elle venait de me sauver la soirée. Un elle n’a pas bu, deux  y’a son mari, qui n’as pas bu non plus, son fils, sa belle-fille et toute la famille. Je ne peux pas y couper par contre. Elle a l’âge de ma mère,  elle en parait celui de ma grand-mère. Tout le monde rit de voir cette musique nous rapprocher, la musique n’a pas de frontière. On me présente au mari, au fils, tout le monde danse et ne parle pas de toute façon on entend rien, Oliviero veut filmer tout cela, Tito lui prend l’appareil des mains il fait des photos en mode vidéo qui donnera une vraie séquence kubrikienne. J’échange le mail avec le fiston car maman aimerait avoir la photo ou nous posons ensemble. Elle ne l’aura jamais, pas que je n’y ai pas pensé ; mais j’ai égaré le mail. C’est le genre de promesse que je tiens toujours. Pour les autres c’est autres choses. Ou bien alors j’en fais le moins possible cela m’évitant de me contraindre à les tenir. Fausse lâcheté ou vrai courage sans doute.

Nous avons toujours un couvre-feu, mais de toute façon il est temps. Temps de sentir qu’il est tard pour de misérable touriste, savoir ou est sa place demeure une qualité qui évite certains soucis à dix milles kilomètres de chez soi. Pour nous notre place n’est plus ici, l’alcool amenuise la sympathie de nos colocataires de la piste de danse, les coudes se serrent, et les regards se font pesant. Règle 2987 du voyageur, savoir tiré sa révérence avant le trop tard, quand la situation devient trop ingérable.

Nous éclipsons sans bruit étreignons fort ce qui nous ont fait partagé leur soirée. L’aurore glisse et chasse la nuit et nous nous apprêtons à passer deux jours dans le salar d’Uyuni, et je n’ai toujours pas compris l’organisation générale que nous a fait Katie. Et cette idée de ne pas savoir ce qui se trame qui nous effraie , est ici un mode de fonctionnement qui évite de reproduire les schémas qui nous contrôlent en Occident. Ainsi tu deviens moins con, moins stressé, tu laisses faire et tu ne râles pas pour rien. Je revois cette jolie bande de francais mi dredeux mi roots tourner en rond en regardant leur montre, attendant trépidant le départ de leur tour prévu à 9h30 ; il était 9H35, ne riez pas, oh non ne riez pas nous sommes ainsi. Epris de contrôle de ponctualité. J’ai ri quand l’un deux s’adressant au reste du groupe, pensant qu’il était seul français : en même temps si nous n’étions pas arrivé il y a une heure et demi les 5 minutes de retard nous paraitrait moins longues. »

Le cul posé sur le bitume, nous nous détachons un peu de ce tumulte, nous avons bien déjeuné, une soupe de poulet, acheté quelques vivres pour cette traversée du désert de bicarbonate.

Katie nous fait signe, nous embarquons. Le groupe de français se demande toujours pourquoi nous avant eux, ils attendaient depuis longtemps.

Nos amis , Nos frères,

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